ÉCRIRE L'HIVER XXVIII
- Emmanuelle Cordoliani

- 31 déc. 2025
- 4 min de lecture

Dernier Télégramme de la nuit
C’est le titre d’une pièce de Véra Feyder, dont j’aurais tout oublié, n'était son titre, qui appartient depuis longtemps au lexique de mes expressions usuelles issues de la littérature. Plus précisément de celles qui vivent dans ma parole, détachées de leur source. Elles sont comme des bateaux qui croisent au loin de leur origine dans l’obscurité. On peut encore les voir de la terre ferme, les mettre en relation avec l’écrit initial, si on n’est pas trop regardant. Elles sont comme des joyaux volés à la couronne et remontés en broche. Elles apparaissent sans leur référence, dans la nécessité du moment.
Je recueillerais volontiers vos expressions semblables dans un lexique parallèle, si vous vouliez bien m’en confier quelques-unes… un peu à la manière de l’atelier d’écriture du Gros Jardin. N'hésitez pas à envoyer à lecafeeuropa@gmail.com...
Dernier télégramme de la nuit et fin de partie comptent parmi les plus belles, mais il y a aussi les rigolotes : la fièvre monte à El Paso, règlement de compte à OK Corral, on se calme et on boit frais à Saint-Tropez…
Dernier télégramme de la nuit peut clore une longue conversation écrite quand le sommeil me rattrape. Ce matin, en revanche, l’expression me vient avec le désir d’un mot au seuil de la nouvelle année, un commencement, le premier journal de cet hiver. Saison dont on oublie à chaque clignement d’yeux qu’elle est celle où les jours rallongent. Pour moi, la vraie saison de la lumière. J'en consigne ici quelques-unes qui ont éclairées récemment mon chemin.
Littérature appliquée à l'existence par temps de brouillage
Dernièrement, j’ai eu à plusieurs reprises des expériences pratiques de littérature appliquée à l’existence. J’avais posté dans le Carnet des Jours suivants, un bref pamphlet contre les oreillers à mémoire de forme. C’est que je travaille cette année en m’appuyant sur toutes les occasions qui se présentent à moi sur la différence entre souvenir et mémoire. J’ai déjà évoqué ce chantier inspiré d’Histoire d’un Roman de Thomas Wolfe dans le numéro XXIX d’ÉCRIRE L’AUTOMNE.
Quelle n’a pas été ma surprise de recevoir de mon amie Odile le message suivant :

Un autre exercice pratique m’a été offert par une longue marche en montagne avec Juliette Derimay. Là, c’est la littérature qui s’est transformée en randonnée : ce qui nous met en présence, c’est notre long compagnonnage à l’atelier du Tiers-Livre. Mais nos rencontrent sont le plus souvent rythmés par nos pas sur des chemins en pentus et cet exercice me remet littéralement en marche. Quand nous nous sommes retrouvées, cette fois-ci, j’étais à l’arrêt. Je refusais la fatigue d’une première quinzaine de décembre où se sont empilés à la manière des acrobates du Cirque de Pékin deux spectacles (Cosi fan Tutte / Traiter de l’Amour et Le Roi et l’Architecte où je conte avec le quatuor Kimya), une conférence aux Estiennales (Nettoyer le matin, histoire d’une cantate en images, avec Patrick Pleutin à l’illustration), un moment de poésie pratique à Nevers (Comment ne pas lire de la poésie ?), un atelier d’affabulation avec mon collègue d’Esthétique du CNSMDP et la conception d’un livre-disque (Surfaces et profondeurs), témoin de la Recherche sur les domestiques à l’Opéra français au XIXe, XXe et XXIe siècle : La Bonne Cause.
Deux semaines sans écrire une ligne et un retard de livraison du Journal d’un Mot, An [V] ont suffi à me plonger dans une panique d’écriture sans précédent (impression de ne savoir rien faire, de n’avoir rien fait, noyade dans le verre d’eau des projets…)

J’ai bien sûr appliqué toutes les règles de l’art en arrivant chez Marcel : ne pas se ruer sur l’ordinateur, écrire à la main, augmenter les carnets dessinés, jouer au scrabble, lire, lire, lire. Mais une grande anxiété me tenait au collet avec la ténacité d'un collier anti fugue.
Trois heures de terrain avec Juliette m’ont remise sur pieds. Ce n’est pas une histoire qui apparaît alors, c’est le désir et ses effets sont surprenants et simples. Un polar longtemps espéré se fait jour, j'en reparlerai. Le Sérail, abandonné depuis plus d'un an au point que je m’étais résolue à le considérer comme un apprêt, une fondation, un long entraînement qui aura contribué à m’apprendre à écrire…

... voilà qu’à l’occasion d’une publication de l’atelier autour de l’Hôtel purement mental de Jean-Philippe Toussaint, il revient comme si de rien n'était. Un épisode parisien des trois personnages principaux s'écrit si facilement que je croie le recopier. L’occasion d’aller l'ajouter au recueil que j’avais établi l’an passé (je comptais le faire parvenir à Simone Wambeke qui l’avait gentiment sollicité…) et de me rendre compte que le livre est tout près, sinon tout à fait prêt.
Donc, on peut se demander si écrire ça marche ou bien si quand on n'a pas de tête, c'est qu'on a oublié ses jambes...

Quant au nouvel opus du Journal d’un Mot, j’en recevrai dès la première semaine de l’an neuf une cinquantaine d’exemplaires. Je proposerai des rencontres dans Paris pour les allergiques à la commande et les amateurs et amatrices de dédicaces.
En cas d’urgence, il peut s’acquérir directement ICI, pour la somme de 12 euros.








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