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CARNET DES JOURS SUIVANTS 901 à ...

  • Photo du rédacteur: Emmanuelle Cordoliani
    Emmanuelle Cordoliani
  • 14 août 2025
  • 35 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 24 heures

© Frank Herfort 
© Frank Herfort 


Le retrouver n’a pas été spécialement difficile. La voiture jaune. Les cheveux blond presque blanc. Les petits que Béa avait précipités sur le trottoir ont corroboré chacun des éléments. Ils m’ont également donné une assez bonne idée du profil du chauffard et de sa carrure. Ils sont observateurs, on les élève comme ça. « Il avait l’air tassé dans la petite auto jaune ». Je l’ai observé pendant des jours. Béa était morte, j’étais très malheureux et j’avais tout mon temps. Personne ne s’attendait à ce que je retourne aux prospections immédiatement. Je n’ai jamais beaucoup dormi, même si je ne suis pas à proprement parler un oiseau de nuit, mais cette fois je ne dormais plus du tout. Je l’ai suivi chaque fois qu’il a repris sa voiture jaune, la peur au ventre à la pensée qu’il cause d’autres accidents. J’aurais alors manqué à ma parole. J’aurais pu agir rapidement : le type était dangereux, qui le savait mieux que moi ? Mais la colère et le chagrin conseillent mal. J’avais sûrement perdu en réactivité, mais nullement en vigilance. L’insomnie m’aiguisait. J’ai pris le temps de le suivre, de connaître sa famille, ses collègues de travail, ses habitudes dont la plus ancrée était l’alcool. Après quelques jours, j’étais capable de le suivre à l’odeur. Il buvait de préférence des bières allongées d’une liqueur verte. J’ai fini par trouver une bouteille dans les poubelles du bar où il passait deux fois par jour. Jägermeister.

« Il en va de l’honneur du chasseur

de protéger et de préserver son gibier,

de chasser dans les règles de l’art

et, dans la créature, d’honorer le Créateur. »

Le poème écrit sur l’étiquette m’a rendu fou de rage. Depuis la mort de Béa, je n’avais que ma promesse à l’esprit. L’éliminer aurait été facile. Je m’en apercevais. J’aurai su faire. Mais j’avais promis de protéger les miens et un meurtre aurait des répercussions sur la communauté. Il fallait éliminer le danger qu’il représentait pour tous, sans en créer un plus grand encore. En lisant le poème, j’ai voulu le tuer. Je l’ai guetté à la sortie du bar et sans Vercingétorix, je lui aurais réglé son compte à la faveur de la nuit.

Mon cas est différent. Je n’ai pas postulé. Je n’ai pas été recruté pour aptitudes particulières, bien que finalement je sois le seul de l’unité à passer à l’acte quand c’est nécessaire. J’ai fait autre chose. Dans une autre vie, j’étais au ravitaillement. Plus précisément aux repérages des nouvelles sources d’approvisionnement. Je voyageais beaucoup, mais après avoir rencontré Béa, je me suis fait à une vie sédentaire. J’ai conservé la même activité, mais je ne suis plus retourné au pays. La communauté ici a été plutôt accueillante, notamment Vercingétorix. Il avait fait le chemin de l’intégration bien longtemps avant mon arrivée et il était reconnu comme un membre à part entière. Il était pourtant arrivé avec un handicap plus lourd que le mien, un sérieux délit de faciès. Moi, je me fondais dans la masse et tant que je me taisais, je faisais illusion. Béa ne leur a pas laisser le choix. S’ils me rejetaient, elle partait avec moi. Elle n’était plus une jeunette, elle savait ce qu’elle voulait et j’ai eu la chance que ce soit moi. Je n’étais pas là quand le malheur est arrivé. Elle apprenait aux petits les feux de circulation. Le petit bonhomme est rouge, tu attends. Le petit bonhomme est vert, tu passes. Le petit bonhomme est rouge, c’est le tour des voitures. Elles sont dangereuses, elles sont utiles. Le petit bonhomme est vert, c’est le tour des piétons. Tu peux marcher ou sauter pour traverser. Les parents l’appelaient Lolli-Béa. Le chauffard s’en est bien moqué qui lui a roulé dessus après avoir grillé le feu. Elle n’est pas morte toute de suite. Elle m’a décrit son visage. Les cheveux d’un blond presque blanc. Les yeux rapprochés. Clairs. L’auto. Jaune. Jaune ? J’ai demandé pour être certain. C’était presque trop beau. Une auto jaune. Jaune. Protège-les. Je t’aime, Phœnix. Je suis tien, Béatrix. Elle a fermé ses belles paupières sombres. Elle avait un air serein. J’ai pleuré du sang. Je t’aime, Phœ. Protège. Oui. Oui. C’est comme ça que j’ai changé de carrière. À un ou deux détails près. Je suis passé aux actes.

Arrivée malade

Dans la salle de cours glacée

Plus de pire à craindre

Les fruits orange, verts et bleus

Courent dans la neige

En pyjama sous la parka

J’envie en janvier La froideur radieuse de la neige Lunaire à moitié À moitié solaire

Jeune, je n’avais pas froid aux yeux Aujourd’hui l’un pleure sous la neige Tandis que l’autre frissonne, ébahi

La lune si blanche Son rayon tu l’as appelé « Ombre » cette nuit

Comment ne pas lire de la poésie ? (II)

Entendant ma voix terrible, pleine de rage comme celle du loup de la Fable, le plus petit, tel l’agneau, gémit : Maaaiiis, je ne sais ni lire ni écrire comment pourrais-je à mon insu lire de la poésie, quand bien même j’en aurais envie ? Mais, mon agneau, comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, tu lis, tu lis te dis-je, tout ce qui tombe sous tes yeux déjà tu en fais quelque chose… ou plutôt les lettres pleines de mots font déjà avec toi des jeux de devinettes que tu le sache ou pas.

Car le poème est un faire.

Pour ne pas lire de la poésie, il faut obstinément refuser qu’elle fasse quelque chose avec toi, y compris rien, rien que tu en saches d’abord. Pour ne pas lire de la poésie, il faut croire dur comme fer que tu devrais tout comprendre, tout sentir, qu’un tout t’attend quelque part comme un gentil toutou. Quand, à la vérité, il n’y a que le loup, et encore n’en voit-on que la queue, précédemment évoquée pour une métonymie bien choisie (la métonymie étant la figure de style qui permet de prendre la partie pour le tout). Le poème n’est rien d’autre qu’un morceau de morceau qui ressemble à quelque chose que tu aurais connu, vu ou rêvé. Vaguement parfois, et profondément tout ensemble pourtant.

 

Comment ne pas lire de la poésie ? Mais je n’en lis pas, répond, coupable ou ravi, qui ne sait pas qu’il lit. Les esprits forts abondent : la chose est bien simple, pour ne pas lire de la poésie, il suffit de ne pas ouvrir de recueil de poésie, d’éviter les bibliothèques au mois de mars, de se tenir loin de la maigre étagère du libraire où tous les poètes sont, par la nrf, envisagés entre deux belles bandes de blanc brillant, il faut encore penser à bouder les cahiers de la petite école et les récitations qui vont de pairs, et retracent dans l’air, vers après vers, le renard et les raisins. Et voilà, hop, comme ils plieraient l’affaire, à la manière des vendeurs à la sauvette de méchantes copies du luxe. En deux temps trois mouvements, on bourre tout dans la valise et zou !... Méfiez-vous des contrefacteurs d’idées simples. Mais malheureux ! pour s’assurer de ne pas lire de la poésie, il faudrait pouvoir ne pas lire, ne pas lire du tout. Car tout ce qui nous tombe sous l’œil peut s’avérer inopinément vers ou poème. Ainsi dans un récent article titré : Comment reconnaître une couille quand on en voit une ? Le poète Pierre Vinclair se penche sur l’attitude que le poème demande à son lecteur, nous dit-on à partir d’une réflexion sur l’indiscernabilité préoccupante, dans la poésie moderne, entre le trait d’esprit et la coquille. Que faut-il interpréter ? Comment s’y prendre ? Dans quelle mesure les croche-pattes qui entravent la bonne livraison du sens imposent-ils au lecteur une forme d’orthogonalité ? La démonstration s’appuie sur deux coquilles repérées par des lecteurs dans les poèmes de l’auteur lui-même.

En clair, dit Pierre Vinclair, même avec de bonnes lunettes on n’est jamais certains de ne pas lire de la poésie, d’échapper à l’équivoque qui est comme une couille dans le potage du consensus. Telle faute de frappe n’est-elle finalement pas intentionnelle ? Posée là comme un tronc par des bandits de grand chemin pour nous détrousser de notre préjugé ? De notre jugeote, de notre jugement dernier ?

Il faisait très clair

J’ai lu un poème 

De Dominique Quelen

Il neige à présent

Dans le ciel tout bleu

[souffle]

Hurlement du vent véhément

Rumeur de la mer sans fond

Couin’-couin’ de la baballe du chien jaune

Un temps, nous avons fréquenté le Café Léonard. Puis, plus. Ce qui nous avait conduit là en première instance, ce qui nous y avait installés dans une assiduité enthousiaste (retrouvons-nous plutôt au Café Léonard !), nous n’en avons plus qu’un vague souvenir, qui se confond avec les motifs de préférence de dizaines d’autres lieux élus, puis déchus au fil de cette interminable vie parisienne, qui rebat des cartes dont seuls les dos changent. Tandis que nous vieillissons, lentement (pour les plus chanceux d’entre nous), mais sûrement, toiles peintes de cette fête perpétuelle, annoncée dès la lecture des Lettres Persanes au collège, dissimulent plus difficilement qu’elles ne cachent et n’enjolivent qu’une forme de vide. C’est peut-être le nom, (le Pur Café, par exemple, avec son équivoque entre lieu et boisson, ou Le Boudoir, piège facile pour les fervents des Liaisons Dangereuses ou les philosophes de pacotille…), qui nous avait appâté comme le miel, les mouches. Ou bien l’enseigne, la façade et la promesse déraisonnée du jaune, du bleu, de la police de la vitrine et ses échos dans les profondeurs insondables de notre être pétri du désir de croire encore et encore au miracle. Parfois, c’est la circonstance (la pluie, un rendez-vous sans importance, un nom entendu dans un bus) qui nous a fait pousser la porte et revenir pour rentrer dans ce même instant, inscrit sans que nous en comprenions le sens dans une mémoire ancienne

Il n’y a pas de lieu qui remue plus de ciels en moi que cette ville. Ils se succèdent à cent à l’heure tandis qu’autour rien ne presse. Carrefour de l’enfance effaré, du fracas de la fin de l’adolescence, des débuts fanfarons dans le métier, celui qu’on croit avoir choisi et qui négocie plus ferme encore, plus ras que la collection de jobs à cent sous qui l’ont précédé. Entre ces grandes pierres, et ensuite, des visites de courses, de vacances, d’étapes entre deux trains, une glace par ici, un cartable par-là… la ville portant haut chaque fois les atours de la saison. La mémoire embouteille le moindre pas d’une foule de rien du tout qui ne font pas un souvenir. Impressions en courants d’air trop légers pour soulever les lourds manteaux de l’hiver, mais suffisant à glacer un sang de jadis. Il faudrait dormir, mais rien ne s’y prête. Que s’est-il passé ? Quand ? Je serais bien incapable de le dire. Un amoncellement de bribes semblable à celui qu’on mesure en cartons pleins dans le déménagement d’un appartement qui ne promettait pas de contenir un tel encombrement de riens du tout — les tickets de cinéma, pourquoi pas, mais ceux du bus ? Fourchettes à la dentition incomplète, livres décevants sans gravité, sans intérêt, posés quelque part dans une bibliothèque qu’on pensait d’importance, vêtements trop petits, trop grands, mal usés, tiroirs de stylos billes pas tout à fait à bout, de crayon de bois plus sec qu’un vieillard biblique, et les lettres, les lettres dont on ne sait plus qui les a écrites avec ce ton passionné, les prénoms qui les signes sont autant de cintres nus… —. La dernière fois, pourtant, il s’est produit quelque chose d’extraordinaire, dès la sortie de la gare. Les années passées s’étaient assemblées pour une haie d’honneur, avec… harmonie, oui. Si ce carnet n’en gardait pas la trace, je croirais l’avoir rêvée. Dans le présent désarroi, C’est une main courante, une main courante à l’envers, où se trouve consignés non pas ce qui inquiète par essence, mais par absence. Je relis les lignes qui ont tenté d’attraper la grâce de ce retour. Il faut les déchiffrer comme une langue ancienne, perdue puis retrouvée muette et bornée. Le cœur monte à la bouche. Il va falloir une grande patience, si le corps veut bien tenir les symptômes en laisse, tandis que je me promène dans les pages recouvertes de l’écriture assurée et rapide des bons jours. Bien sûr qu’il faudrait dormir. Mais le bateau n’est pas encore à quai où poser le sac petit et pourtant trop lourd. Trop d’heures restent à tuer dans cette correspondance qui ne se laissent pas faire et donnent à croire que je ne sortirai plus de la ville-millefeuille, qu’elle refermera sa couverture sur moi et qu’à l’heure du départ, je ne serai plus en mesure d’entendre la sirène, les oreilles saturées du bruit des conversations passées où rien ne se disait de mémorable et qui obturent presque parfaitement mon ouïe.

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Jules et Franca ont postulé. Martha a été recrutée sur compétences particulières. Les siens étaient établis depuis des générations sur une terre de grands écarts. Ils n’ont rien vu venir quand la centrale s’est construite. Habitués aux situations thermiques extrêmes, aux changements hygrométriques spectaculaires, ils se croyaient à l’abri des mauvaises surprises. Il en va ainsi pour ceux et celles qui sont ordinairement pour les autres la mauvaise surprise, difficile à la longue de ne pas se considérer comme immunisé aux hasards malencontreux, aux accidents, à l’infortune. Difficile de ne pas adopter les croyances ridicules de ceux qui vous attribuent des pouvoirs particuliers parce que votre couleur ou votre voix leur fait peur… bref, je ne sais pas pourquoi je philosophe de la sorte aujourd’hui. La vilaine mort de Maurice, probablement. Tant de souvenirs avec ce pauvre bougre. Un cousin de Béa. Bref, la famille de Martha n’a rien vu venir, et en l’espace de deux générations, il ne restait plus qu’une dizaine d’entre eux. La plupart assez salement éclopés. Martha elle-même y a laissé la vue, du moins celle des yeux. En revanche, elle est immunisée contre tous les poisons. Elle peut avaler n’importe quoi sans broncher, sans même une aigreur d’estomac ou une crampe. Je parle de petites quantités, nous ne sommes pas des héros mythologiques, bien que, là encore, la geste populaire pourrait nous le donner à croire. Martha a transformé cette disposition en véritable talent. Elle est capable d’analyser au goût la composition de tout ce qu’elle ingère. C’est pour ça qu’elle s’est la première penchée vers le cadavre. La plaie au niveau des cervicales laisse peu de doute, mais on n’est jamais trop prudent. Martha fait une drôle de tête, elle ne dit rien, semble tout à fait absente. Ses yeux révulsés provoquent une véritable panique chez Jules et Franca. Ils pourraient tout planter là pour aller chercher les secours. « Du calme, les petits, elle analyse », dit Vercingétorix qui ne supporte pas l’agitation sur une scène de crime. Il faut dire que Martha aime le travail bien fait, elle prend son temps. D’un autre côté, on passe immanquablement loin de la vérité quand on est pressé… Elle finit par retrouver son apparence habituelle, mais son air embarrassé m’étonne. Je ne lui ai jamais vu, ou peut-être il y a quelques années, quand Jo paradait pour lui plaire. Comme elle ne pouvait pas le voir, il m’avait chargé de lui décrire chacune de ces intentions… Ils formaient à présent un couple très uni et se passaient très bien de ma médiation, mais les quelques mois de cour avaient été riches en situations embarrassantes. « Je ne sais pas », dit-elle lentement, provoquant un étonnement plus spectaculaire encore que le retournement de ses yeux. Martha sait toujours. On l’appelle Prophétix dans le métier, moitié pour se moquer de son aplomb, moitié par crainte révérencieuse de sa clairvoyance. « Athenol » ajoute-t-elle. « C’est toxique ? » demande Franca, incrédule. Elle s’y connaît un peu en chimie, mais Martha lui cloue le bec : « ça peut. Ça dépend de la provenance. Si c’est du fenouil à huit cornes ou de l’anis vert, non. Si c’est de la badiane japonaise, c’est tout de suite une autre histoire. Il me faut dormir là-dessus. » Elle quitte la scène avec sa démarche précautionneuse, tandis que Vercingétoryx explique le procédé aux jeunes : ce sont ses rêves qui instruisent Martha de la dangerosité de ce qu’elle analyse. Si c’est du poison, ils en changent la nature. Jules et Franca se regardent par en dessous. Ils préféreraient nous voir employer des méthodes plus franchement scientifiques. Pour mettre fin à leur bouderie, Vercingétorix conclut au meurtre, « quoi qu’il sorte du sommeil de Martha ».

Martha, Jules et Franca appartiennent à la nouvelle génération. On le devine sans peine à leur prénom (même si, au risque de me répéter, ce ne sont pas littéralement les leurs. Une vague correspondance tout au plus, un aide-mémoire, une simplification…). Vercingétorix et moi portons la marque des anciens. Je suis un peu agacé de voir la mode contrarier un rituel millénaire, mais je me persuade qu’elle n’aura pas le dernier mot. D’ailleurs Martha, Jules et Franca n’y sont pour rien si l’urbanisation a pris leurs parents par le colbac, au point de les convaincre que nous pouvions nous fondre dans les mœurs de la ville, en plongeant l’or des lettres qui nous constituent comme dans un chaudron de sorcière pour en ressortir customisés, clinquants, au dernier cri. Aux dernières fêtes, ma cousine Huguette a passé toute la soirée à me faire l’article à ce sujet. Non seulement Huguette n’est pas un véritablement prénom, mais ce n’est pas le sien : elle portait comme moi la marque des anciens, mais depuis deux ans, elle a décidé de se faire appeler ainsi (si bien que personne ne prononce plus convenablement son nom). Tu comprends, dit-elle, c’est dans l’air du temps. Je n’en ai pas à perdre pour lui expliquer pourquoi il n’est pour nous que l’air du Temps, un ordre sans fanfreluche, sans chichis et sans confort. Je pense que la pollution de l’air, de l’eau et par conséquent de nos aliments contribue largement à instiller en nous de pareils dévoiements. Il n’y a que dans la nuit que nous sachions nous fondre. Elle est notre force vive comme le feu. Mais semblables conversations lors des repas de fêtes sont à bannir. Elles divisent inutilement. Par ailleurs, Martha, Jules et Franca sont d’excellentes recrues. Seul le célibat de Jules et Franca est problématique une à deux fois l’an, mais il ne devrait pas durer toujours.

 

Entendons-nous bien : nous ne sommes pas la police. Nous autres n’avons pas besoin de police. Nous enquêtons pour identifier les dangers qui menacent notre communauté et les éliminer. Nous ne livrons pas les incriminés à la justice. Nous autres n’avons pas de justice. Nous comprenons ce procédé : il est lent, long et complexe. Le concept de punition nous indiffère. Nous n’avons pas ce temps à perdre. Nous vivons à un autre rythme. Nous commençons tôt et finissons vite. Nous sommes une unité stratégique d’éradication. U.S.E (mais l’orthographe est trompeuse, personne ne prononcerait ça comme ça). Nous nous chargeons de trouver les coupables et, au besoin, d’en débarrasser la colonie. Nous ne rechignons pas à la besogne. Nous sommes utiles.

[prénom]

D’ordinaire, ce sont les cris qui nous alertent. Il y en a toujours pour paniquer et surcharger le message, mais en règle générale, nous savons à quoi nous en tenir avant d’arriver sur les lieux. Poison, verre, plomb, pierre, accident de la route, querelle débile, guerre de territoires, distraction. Poison, verre, plomb, pierre… parodie du jeu de mains au nom si agréable à dire : shi-fou-mi. Cette fois, c’est une petite des Jaunes qui nous a prévenus. Enfin, elle est allée voir Martha qui niche près du parc et Martha nous a sifflé le rappel. Sur place, un attroupement était déjà formé, en dépit de la brume et de l’heure étrange. Nous nous sommes frayé un chemin en file indienne, Martha d’abord, Jules, Franca, Vercingétorix et moi. Il va de soi que ce ne sont pas nos vrais noms. Maurice était couché sur le flanc. La petite Jaune avait dit que Momo était mort, preuve qu’elle le connaissait bien et qu’elle avait le sens de l’observation et une certaine empathie, ou elle l’aurait appelé « Maurice » (là encore, pas son vrai nom), voire « l’un des vôtres », au lieu d’utiliser son diminutif (qui n’est pas aussi simple, mais la traduction limite la qualité de précision qui est pourtant mon point fort). Elle ne se serait peut-être même pas donné la peine de traverser le parc pour aller trouver Martha, si elle n’avait pas eu avec la victime une relation plus sérieuse que les « bonjours, bonsoirs » qui font le gros de nos échanges avec les Jaunes, la plupart du temps. La petite avait l’air retournée et j’ai noté qu’il nous faudrait l’interroger avec soin, une fois les premières conclusions énoncées. Je ne me sentais pas dans mon assiette non plus : je n’aime pas la brume et j’aimais bien Maurice, même si l’expérience m’a appris à ne pas trop la ramener sur le sujet météo et à ne pas prendre les morts trop à cœur. D’ailleurs, ce n’est pas par sentimentalité que je me sentais l’estomac sens dessus dessous en inspectant le corps : il y avait plus de poison dans le restant de burger que j’avais mangé la veille que dans la victime (à première vue). J’ai noté que je ferais bien d’éviter ce restaurant à l’avenir, tandis que Franca se penchait sur les déjections de Maurice. Dès que nous avons dégagé la possibilité d’un empoisonnement, l’attroupement s’est dissipé et tout le monde est retourné à son petit-déjeuner. Sauf la petite Jaune, qui s’est mis à siffloter un truc d’une tristesse inouïe, qui nous a interrompus dans notre besogne. Ses parents ont dû l’entendre, parce qu’ils ont rappliqué illico pour la ramener au bercail. Jules les a prévenus que nous aurions besoin de la revoir bientôt, ce qui ne les a pas enchantés : les rapports avec les Jaunes sont bons tant qu’on ne s’en prend pas à leurs jeunes… ça se comprend, mais Momo n’était pas mort de sa belle mort, mais d’un coup qui le laissait recroquevillé sur le pavé. Le danger du poison était écarté, mais la vilaine marque que Franca venait de trouver à la base de sa nuque laissait penser qu’il avait été frappé par un des nôtres avec une précision chirurgicale. Le coup était suffisamment rare pour diligenter une enquête approfondie. Vercingétorix à sa manière imprécatoire déclara que Maurice n’était que le premier.

[totem]

Je sais que Jeanne préférerait celle à fleurs. Préférerait ? Faut-il dire aurait préféré quand les gens sont décédés ? Le conditionnel est une terre inconnue et inconnaissable. C’est une issue de secours quand l’indicatif nous loge trop petit. Pourquoi le rationaliser ? Jeanne aurait préféré celle à fleurs… si elle n’était pas morte ? Jeanne préférerait celle à fleurs… si elle était là ? Elle y est : comment en douter quand j’interromps l’achat de la toile enduite qui m’avait attrapé l’œil pour égayer la salle à manger de Marcel, avec des formes géométriques oranges, rouges et bleu. Marcel est-il pop ? Il est ouvert au changement, sa vue baisse et il est veuf… Mais les grappes de fleurs de cerisier sur fond céladon répondront doucement aux doubles rideaux que sa femme aimait tant. Renonçons au pop pour cette fois encore. La vendeuse est une petite blonde énergique dans sa trentaine. Elle tire sur la toile en reculant pour sortir le bon métrage et manque de se prendre les pieds dans mon panier. Elle dit : « J’ai failli me casser la margoulette ». Je lui dis que depuis la mort de ma grand-mère, personne n’avait employé cette expression qui adoucit la perspective de la chute depuis mon enfance. La vendeuse la tient de sa propre grand-mère. Nous nous sourions gaiement, membres du club très privé de La Margoulette. Je murmure : feue ma grand-mère préfère le motif des fleurs.

[point commun]        

C’est une fois dans le train, et pas avant, une fois assis dans le train à la place habituelle, habituelle alors même que tout a changé de la gare, du train, de l’espace des wagons, des revêtements des sièges, de la largeur des tablettes, des messages qu’on diffuse pour des voyageurs qui sont devenus des clients, la place habituelle n’a pas disparu, n’a pas bougé : près de la plus grande fenêtre, dans le sens de la marche, pas trop près de la porte des toilettes, mais proche d’une issue, loin surtout des carrés à gosses et à collègues bavards… c’est une fois dans cette place, l’imper roulé en boule dans le porte-bagages, l’ordinateur ouvert sur le travail à abattre pendant la durée du trajet, qui a fondue également, ne laissant plus assez de temps pour une tâche exigeante, mal commode aussi pour le bref somme en début de parcours qui rendait possible une certaine concentration, aiguë, acérée comme si on devenait soi-même un rail tendant au loin, à ce moment précis, alors que le train se met en mouvement, rejouant quelques instants l’illusion d’optique du départ d’un autre sur le quai d’en face, et cette représentation de l’esprit en forme de roues dentées s’entraînant les unes les autres, à cette seconde verticale et pas avant, je sens que ce voyage a commencé à mon insu, il y a longtemps. « La destination est familière ». Un homme, qui s’est assis à côté de moi sans que je le remarque, retire un écouteur et me regarde, intrigué. Il dit « Rouen » en me désignant d’un coup de menton l’affichage des arrêts qui défile au-dessus de la porte du compartiment. Je bredouille un salut, avant de comprendre que j’ai dû parler à voix haute. En réponse, il plie un sourire qui fait l’effet d’une tape derrière la tête. Je suis en train de retourner à Rouen.

[point commun]

Tout peut changer des abords des villes, toujours plus proprets, des couleurs criardes des zones à gros entrepôts enflés comme de monstrueuses baudruches et que quelque chose en nous souhaiterait inflammables, des campagnes fichées d’éoliennes en lieu et place des champs à corbeaux, des champs à colza avec leur jaune plus vrai que nature, des hameaux insonorisés qui n’attendent plus après le passage du train pour savoir quand cuire les pâtes ou aller se coucher, tout peut changer, la destination reste, la direction, l’inertie. Retourner.

[paradoxe]        

Le lit déserté

L’humble empreinte dans les draps        

La vie sans mémoire de forme

[paradoxe]        

J’ai longtemps pris à l’envers la promesse de l’oreiller dit à mémoire de forme. Je le croyais capable de garder celle de la tête qui avait dormi dessus, comme la marque d’une indéfectible appartenance ou le souvenir aimé d’un crâne chéri. Au contraire, l’oreiller à mémoire de forme efface dès qu’on le quitte toute trace de l’odieuse promiscuité de la nuit. La forme qu’il conserve précieusement est la sienne. L’ardoise magique de notre enfance nécessitait un petit geste de notre part, balayage de gauche à droite ou, quand le télécran l’a remplacée, il fallait le secouer comme une boîte dont on cherche à découvrir au bruit le cadeau qu’elle contient. L’oreiller à mémoire de forme n’a besoin de personne. De forme, il ne connaîtra jamais que la sienne. Il est tout plein de son propre souvenir, se remplumant dès qu’on le quitte. Comment peut-on prendre cela pour un progrès ? L’oreiller est notre premier objet transférentiel, notre premier contact avec la nuit dans un monde sans maman. Il accueille des confessions et des réconciliations. Il participe en psychopompe à nos allers-retours vers le pays du sommeil, frère de la mort. La traversée endormie de chaque nuit nous est un mystère dont seules quelques bribes nous restent qui lui ressemblent aussi peu que les souvenirs achetés dans les magasins dédiés ressemblent aux pays entrevus pendant nos voyages. Qui peut vouloir d’un bel indifférent, de son éternelle virginité de salon mortuaire, dans une telle aventure ? À bas l’oreiller à mémoire de sa forme. Vive l’oreiller gardien des souvenirs enfouis !

[faux]

Sur Google, on a la réponse, même si elle est fausse. Moi, ça m’pèse. Avant c’était différent. Pas mieux ni moins bien. Différent. Je dis à mes petits-enfants : à six ans, on t’enverrait garder les vaches. Ça les fait rire. Mais je vois comme tout est allé vite, puisque je suis encore là pour leur expliquer. Les hommes des cavernes, je ne peux pas, mais mon enfance, oui. Pas si loin, donc, très vite. Et différent. Très différent. Ils replantent des haies, comment voulez-vous, il y a du béton partout, plus rien pour arrêter l’eau et des inondations partout. Je me suis réveillée heureuse chaque matin de ma vie. Ma grand-mère m’avait donné la recette, simple : tu as de quoi mangé, un toit sur ta tête et des gens sur qui tu peux compter, alors tu es heureuse. Le gars qui fait la manche dehors, ça fait deux fois que je lui donne deux euros et qu’il vient illico s’acheter un ticket à gratter avec. Pour moi, deux euros, c’est un pain, pour lui c’est un rêve en prime. Il est toujours déçu, y’a pas plus trompeur que ces jeux. Et puis j’arrête de lui donner, ça va le décevoir aussi ... La télé parle des jeunes qui dépriment, mais la télé parle d’abord de choses déprimantes. On ne voyait pas tout ça. On avait les yeux moins pollués. Je me souviens encore de la couleur du ciel en avril, sur la route de l’école… Bah, je reviendrai dans cent ans pour voir comment ils s’en sortent. Bon c’est dimanche aujourd’hui et j’ai oublié où j’allais boire l’apéro. Ça va me revenir. Tu crois qu’on pourrait toucher le quinté dans l’ordre ?

[crêpe]

Pour mon départ, Marcel m’offre la partition d’une de mes chansons préférées : Du gris. Ça se télescope à sa réflexion de la veille : Finalement, je pense me faire crématiser. C’est moins lourd à porter, non ? Sinon, le cercueil : allez les vers !

[totems]

Le grand-père manchot a amassé toute sa vie durant de petits lopins qu’il achetait avec sa pension d’éclopé, au point de faire un domaine respectable à cultiver. La première fois où j’entends cette histoire, me revient cette obsession que j’ai portée des années durant à collectionner des morceaux de draps ou de serviettes usés, brodés d’un monogramme quelconque dans l’espoir d’en faire un jour un couvre-lit ou une nappe. L’émotion particulière de manipuler ces bouts de tissus, ces bouts de noms…

[totems]

L’histoire du moignon de mon arrière-arrière-grand-père, Édouard, Marcel ne me la raconte que depuis le décès de Jeanne. Il a d’abord longuement développé le contexte du seul souvenir qu’il a de son grand-père paternel. Il n’a pas encore quatre ans. Le vieux fait des fagots dans un pré pentu. Il s’aide d’un des accessoires qu’il visse sur son moignon. Un crochet ou une pince… L’aspect immobilier de l’affaire est apparu dans un second temps. Et plus récemment encore, cette épiphanie du remembrement. Je ne savais donc rien de tout cela quand j’ai écrit le livret de La Jeune Fille sans mains que David Walter a mis en musique. Dans le conte, les mains d’abord remplacées par des prothèses d’or finissent par repousser. Dans la version des Frères Grimm, à la faveur d’une urgence : le bébé de la jeune femme sans mains tombe dans un puits. Dans d’autres, à force de patience. C’est cette deuxième version que j’ai privilégiée. Celle de la lenteur. Quelque chose me dit qu’à la manière des enfants, en le sachant sans le savoir, je connaissais déjà l’histoire du vieil Édouard.

[totems]        

En écoutant mon grand-père parler du sien, me racontant une histoire familiale et familière, qu’il reformule une fois encore, je mesure à quel point sa capacité à réparer la vie par l’acte manqué ou insu est « de famille ». Son grand-père paternel était manchot à la suite d’un méchant coup de sabot de cheval à l’armée. Après l’accident, la gangrène lui pris main puis l’avant-bras. L’amputation inévitable lui valut une toute petite pension d’invalidité. Cet argent, dans une montagne où les corbeaux volaient sur le dos pour ne pas voir la misère, lui permit à force de patience de racheter plein de petits terrains pour en faire un seul. Un remembrement, donc.

[nuancier]

En traversant la Leysse une seconde fois, par le Pont de Serbie dont je ne me souvenais pas avoir jamais su le nom et qui pourtant semblait le frère de celui qui, à Sofia, mène vers cet hôtel dans la dernière ligne droite de la gare, mais sans les quatre lions qui ornent fièrement les angles du pont bulgare, bien qu’il n’enjambe lui aussi qu’une rivière et non un fleuve, je suis arrêtée net par la rutilance de la vigne folle qui explose çà et là dans le vert saturé des berges flanquant l’eau grise et rapide des pluies des derniers jours. Il y a, dans un carton qui ne s’est pas complètement perdu, un cahier où une expérience semblable est transcrite, maladroitement. Expérience — c’est le mot juste, et il apparaît dans toute sa graphie, écrit comme sur une étiquette, l’étiquette du fameux cahier aux maladresses, avec la même encre délavée et les lettres rondes à peine dégourdies de l’enfance — expérience, oui, dont la ville, l’automne et moi-même sont les invariants — et aussi cette voix de jeune homme par la fenêtre de la voiture d’un homme mur à présent, pareille à cette vigne sans fruit, cette voix pure, mais gaie et craquante, un feu de brindilles sèches, et qui marche avec moi depuis que je suis de retour —. Le temps est frais et doux, tout ensemble. De l’air froid qu’on devine aux lointains sommets blancs, seule l’acuité nous parvient et de la moindre feuille aux montagnes alentour, le dessin de chaque chose se détache de son fond. Ainsi aiguisés, nos yeux peuvent sans peur s’ouvrir en grand pour voir profondément. Dans le cahier, un moment d’automne dans le parc a été noté. Est-ce uniquement grâce à cela que le jaune m’en est resté en mémoire, plus important que tout ce qui a pu se passer dans la ville durant cette année-là et par la suite, contaminant les souvenirs de chaque retour ? J’ai marché depuis la gare et la ville telle qu’elle était m’apparaissait aussi clairement que ses mutations successives et la permanence de ses pierres dans leurs tentatives de répondre aux montagnes environnantes par leurs édifices, beaux ou laids, irrémédiablement fragiles. J’ai laissé le jaune du parc de la jeunesse derrière moi, en une longue traîne de feuilles, et je suis arrivée au brasillement sauvage du rouge qui n’existe qu’avec ce vert, presque fluorescent malgré le ciel plombé. Les couleurs n’ont plus besoin de lumière. C’est une conversation qu’il faudrait avoir avec un éclairagiste, mais comment dire qu’il y a plus d’amour sur ces berges que dans toute ma vie ?      

[nuancier]

Avant même de sortir de la gare, dans les bribes de conversations des voyageurs rassemblant leurs affaires pour aller s’entasser trop tôt dans l’escalier comme si cela avait assez duré ou que la porte n’allait nous laisser qu’un passage de quelques secondes pour gagner le quai, déjà j’entendais quelque chose d’indubitablement familier. Pas un accent, non, rien d’aussi franchement reconnaissable… Quelque chose de mon âge, dans l’âge de cette compagnie de corridor, pas dans le chiffre de mes années, pas une promotion de conscrits, plutôt un environnement générationnel, mais là encore c’est aller un peu vite en besogne et je ne dis rien de ce qui se passait — sous mes yeux davantage qu’en moi-même —. Dans les coupes de cheveux soignées, les chaussures solides, les vêtements chauds pour l’automne retors — qui sévit dans les montagnes en mauvais plaisantin, en petit diable adorable et épuisant —, jusque dans la tranquillité des phrases, je reconnaissais que j’étais revenue non seulement au lieu, mais au temps, à tous les temps de ce pays qui se sont agrégés en moi depuis l’enfance. Mais c’est en approchant du centre-ville, sur le point de traverser une première fois la Leysse, quelques minutes plus tard à peine, qu’une voiture a ralenti et, baissant la vitre, le conducteur m’a lancé : « N’insistez pas, madame, je n’ai pas le temps de vous parler » avant de continuer sa route et l’échange, si bref, n’a pas permis que son visage démente la jeunesse de sa voix, de sa voix autrefois bien-aimée et pour toujours, je le constatai alors. J’ai hésité, une seconde, à ouvrir la porte et à monter en passagère, mais l’infime indication du contraire — léger mouvement du buste d’un danseur de tango — a suffi à le faire filer. Ce qui avait commencé à la manière floue de ces longues brumes que l’octobre attache en mèches flottantes aux flancs des montagnes — rubans de fête aux harnais des chevaux —, cette impression vaporeuse des alentours, le timide bégaiement d’un déjà-vu, s’est trouvé catalysé en lame par cette voix d’un autre temps et si semblable à celui-ci — l’automne déjà, la ville déjà, et ces mêmes personnages qui se croisent sans forcément s’arrêter puisqu’un autre rendez-vous préexiste entre eux, à la vie à la mort —. Dès lors, dans les rues, les boutiques, au café où je m’arrête à chaque retour, sans y avoir d’autre attache que cette récente habitude, chaque personne croisée est une personne de connaissance, perdue de vue, oubliée, mais dont le visage plus âgé me dit ce même quelque chose. Je m’attends à être reconnue à chaque fois et je crois que je le suis, comme une qui a été d’ici, qui a été ici et qui ressemble à d’autres, à toutes les étrangères familières.  Quelque chose perdure. Le déjà-vu est passé au carré. Un petit garçon délicatement roux s’approche de la terrasse mouillée avec son grand-père qui peine à trouver l’entrée, il dit : « On s’est trompé de porte ». Puis, assis, les pieds dans le vide devant un lait-fraise : « Le manège, y marche plus ». Et j’entends, enfin, que cette incessante lecture du présent qui fait toute l’occupation de l’enfance est une pratique de la langue, une répétition, un entraînement à l’exercice impossible de dire le monde avec des mots. Ce qui en est affiché, — et quel profond mystère déjà que la frontière transparente de la vitrine qui laisse voir l’intérieur du café, vide presque à cette heure, n’était deux esseulés par habitude, et le reflet du manège à l’arrêt, couvert d’une bâche à l’image des chevaux de bois qu’elle dissimule à l’avidité de l’enfant… — et ce qui est plus encore impossible encore à dire : ce qui traverse et dont la fugacité nous ravage et nous enchante d’un même coup.        

[nuancier]

Dans le Journal d’un Mot, [nuancier] a pris la place d’[automne].

Elle est restée. Je l’ai appris par hasard. Sans nouvelles pendant quelques semaines, une fois la rentrée passée, je l’ai appelée. Je voulais savoir où elle allait, puisque la saison finie, elle pouvait aller où bon lui plaisait. La formation achevée, elle pouvait passer l’hiver au soleil ou aux antipodes, comme la jeune pâtissière. Elle pouvait aussi prendre de longues vacances en attendant et investir les chambres vides de nos gosses, partis poursuivre leurs rêves, leurs études et cette vie dont nous ne savons plus grand-chose. Le temps des amies était revenu, finalement, pas si différent de ce qu’il avait été avant les enfants. Elle avait mis suffisamment à gauche pour attendre la reprise des festivités sans s’inquiéter ? Et puis, le cahier était terminé, m’avait-elle annoncé, avant bonjour, à sa façon de faire comme si nous ne nous quittions jamais, la dernière fois qu’elle m’avait donné des nouvelles. J’avais prématurément refait le lit avec des draps plus neutre que les couettes à motifs géométriques qu’affectionne notre fils. Elle ne viendrait pas. Pas tout de suite. Elle restait là-haut. Elle ne m’a parlé que de la brume et du jaune des arbres, comme si elle les voyait pour la première fois. Et de la pluie et du beau temps, à la manière d’un animal, si les animaux parlaient, avec une indifférence joyeuse. J’ai commencé à lui raconter la reprise des cours, les travaux de la maison, les chambres disponibles à l’étage… je sentais son regard absorbé ailleurs. Il y a eu un long silence et j’ai vu les montagnes à mon tour, ou plutôt, le souvenir que j’en ai apporté à la ville. Ce souvenir de notre jeunesse, où les montagnes étaient devenues un décor de toiles peintes dont nous attendions avec une impatience chaque jour plus grande qu’il soit changé en mégapole. Ce souvenir cache la vue quand je retourne au village, voilà ce que j’ai entendu dans le silence. Je l’ai violemment enviée. C’est une vieille habitude de l’amitié. Cela aussi passerait. Elle viendrait nous voir bientôt, une autre fois, plus tard. Elle ne m’a pas dit au revoir, mais a raccroché presque au milieu d’une excuse qui s’étirait comme un nuage, à sa façon. Quand je pense à elle, en ce moment, je n’arrive pas à me rappeler son visage. La trace d’un animal, sur le sentier de la forêt, s'interpose.

[l’une]

Quand le volcan… le volcan sur l’île… rien d’exotique… les Vikings… l’île, l’île froide… j’ai grandi avec elle dans les montagnes, alors, non, le froid n’est jamais exotique. Elle dit que le froid crée une confrérie. Je dis : celle des gens qui savent qu’il vaut mieux porter des moufles. Bref, le volcan islandais, voilà, islandais, ou finlandais ? Non, une île, islandais. Quand l’Islandais est entré en éruption, elle était en mission je ne sais où, dans un pays chaud… Mettons à Madrid. Le nuage de cendre a arrêté tous les avions. Ça a calmé tout le monde. Enfin, les gens qui sillonnent la planète, « qui font des raies blanches dans la purée bleue ». Moi, je prends le train et encore. Ça a calmé tout le monde, mais pas elle. Elle voulait rentrer chez elle. Elle n’aime pas la chaleur. Moi, je serais resté en espace, j’aurais rencontré un bel hidalgo, j’aurais profité de la vie, Bamos à la playa, oh, oh, oh, oh, oh… Elle a réussi à trouver quelqu’un qui remontait en voiture. Impossible de louer quoi que ce soit, tout avait été pris d’assaut. Ou alors, il fallait rouler sur l’or. Sans jeu de mots. Alors, elle oublie le plan solitaire, à la Wenders, je traverse l’Europe avec ma bagnole rétro, mais confort, en un jour et une nuit en écoutant Madredeus sur le radiocassette (on a vu le film à sa sortie et on s’était promis de le faire, mais je confonds peut-être avec Thelma et Louise). Elle n’a pas fait la difficile, même si je suis bien placée pour savoir qu’elle préfère être seule, qu’elle ne s’ennuie jamais… Comment être amie avec une fille pareille ? Et pourtant ça fait plus de trente ans que ça dure. La conductrice avait une petite auto, dix-neuf ans et elle était pâtissière. Elle finissait une saison en Espagne, repassait chez ses parents dans les Yvelines avant d’aller faire l’hiver aux Arcs. Elles ont parlé pendant des heures. Avec les pauses, elles en ont eu pour deux jours presque. Je dirais que c’est là qu’elle s’est décidée à tout envoyer promener pour la formation. Même si elle ne l’a su qu’après. Des années après. C’était lancé.

[fée]

Faut-il rire ou pleurer de l’initiative du roi qui fait brûler tous les fuseaux pour contrer le sort de la fée condamnant sa fille Aurore ? Il se trompe clairement de cour : il n’a pas accès à celle où se joue cette partie. D’ailleurs, la cause est entendue : la piqûre est inévitable, non plus que le sommeil de cent ans, mais la mort passera au large. Qu’a-t-il besoin, cet amateur, de venir mettre le désordre dans la belle ordonnance des choses et de désavouer ce faisant la confiance qu’il doit à la douzième fée (qui, soit dit en passant, le tire d’un sacré pétrin) ? Il souffre, me dira-t-on… mais il s’agit bien de lui, vraiment ! Le conte ne titre pas « Le Père de la Belle au bois dormant », non plus que « L’exterminateur des quenouilles », que je sache. Il y a aura toujours des âmes faibles pour le trouver touchant dans son impuissance… Mais sa démonstration inutile aura pour seul effet d’appauvrir son royaume et de nous faire perdre un temps précieux… à moins que l’enfant ne se soit endormi au récit de son pathétique coup d’épée dans l’eau.

[fée]

Au moment où la princesse se pique le doigt, la septième fée de Perrault fait son grand retour et industrie le sommeil de la cour et les grands bois qui l’entoure. Chez Grimm, la douzième fée n’a même pas à se déplacer : son contre-sort est si fort qu’il se réalise sans effort.

De part et d’autre, le retour à la vie dans le château endormi est plein d’esprit et de drôlerie : une taloche restée en attente cent ans s’abat enfin sur l’apprenti, la poule finit d’être plumée, le prince trouve que la princesse est habillée comme une mère-grand, violons et les hautbois jouent au mariage de vieilles pièces, mais excellentes. Cent années ont bel et bien passé. Le temps demeure magie plus puissante que la magie.

[fée]

Le moment des vœux venu, les fées se penchent sur le berceau de la petite. Chez Perrault, la septième, pressentant l’embrouille, se cache derrière une tapisserie, de manière à parler la dernière. Chez Grimm, la fée oubliée débarque après le onzième souhait, coupant l’herbe sous le pied à sa collègue, portant dossard numéro 12, avec son vœu fatal : « la princesse se percera la main d’un fuseau, et en mourra ». Celle-ci n’y mentionne pas l’échéance, mais la Française, elle, de préciser : « lors de sa quinzième année… ». Ainsi, dans l’une et l’autre version, les fées conservent leurs numéros d’arrivée. C’est bien la septième ou la douzième qui parlera en dernier. Elles ne deviendront pas la huitième ou la treizième fée pour autant. Ces chiffres demeurent la marque des intruses, des oubliées… 8 et 13. L’avant-dernière, en se prononçant après la dernière venue, produit un petit rebrousse-temps. Oh, modeste, car il est impossible, comme bien on sait, d’effacer le passé, et encore moins de contrevenir à un sort dûment formulé, mais on peut l’amender, arrondir ses angles, adoucir sa formule.

[fée]

« Cinquante ans sans sortir d’une tour », quand bien même, grommelle-t-elle, il faut vraiment être mortel pour trouver ça long. À peine le temps de vraiment s’intéresser à la facture d’une toile d’araignée que quatre saisons ont déjà filé. « Morte ou enchantée », je t’en ficherais, comme s’il n’y avait aucune autre raison pour rester tranquillement chez soi. Il faudrait qu’une fois les choses soient racontées du point de vue d’une fée… Mais où seraient les oreilles pour entendre ce conte-là ?#944

[fée]

Pour raison de son éviction de la liste des fées à absolument inviter, Perrault postule : « qu’il y avait plus de cinquante ans qu’elle n’était sortie d’une tour, et qu’on la croyait morte ou enchantée ». Les Grimm, eux, ne s’embarrassent d’aucune explication : « Il ne fut pas seulement invité la famille, les amis, les connaissances, mais encore toutes les femmes sages du royaume pour qui l’enfant aurait de la grâce et de l’importance. Il y en avait treize dans le royaume, mais comme il n’y avait que douze assiettes en or dans lesquelles elles devaient manger, l’une d’elles devrait rester chez elle… Si les perspectives narratives sont immenses, qu’ouvre l’idée d’être ou de ne pas être dans une tour, sans parler de la subtile différence qu’il peut y avoir entre la mort et l’enchantement pour une fée, ne rien justifier demeure par excellence la prérogative de quiconque conte.

[fée]

Selon les versions, les fées invitées au repas de baptême de la petite Aurore (future Belle au bois dormant) sont sept ou douze. Mais dans tous les cas, ce numerus clausus est déterminé par l’intendance : le roi et la reine ne possèdent que sept ou douze couverts d’or.

Fabriqués spécialement pour l’occasion chez Perrault, ils appartiennent d’ores et déjà à la vaisselle royale pour les Grimm.

Par couverts, il faut entendre :

« Ensemble constitué par tout ce qu’on dispose sur la table en vue du repas : nappe, serviettes, vaisselle, verres, cuillers, couteaux, fourchettes ». Équivalents princiers des boîtes de dragées, ces petits cailloux blancs perdus ou mangés de l’enfance.

Mal à dire ce que je dis. Retournée de tourner autour. Revenir avec quelque chose de vivant, de sauvé, sur une terre brûlée. Énième tentative de démêler un écheveau où tout est confondu, de ce qui blesse, sauve, survit… c’est un tâtonnement (et Barthes justement parle de tâter la plaie). Quelque part, la cautérisation vaut pour une cicatrisation. Mais dans cette histoire, difficile de dire où est la blessure : à peine une égratignure, rien qui se voit…

Longtemps, pour moi, la question a été celle-là : en éludant le récit du crime, je « faisais ma mystérieuse », en l’écrivant, la densité échappait et ne restait que le mauvais polar. Le danger résidait aussi dans la forme de tension qu’il pouvait provoquer pour qui le lisait. Notre relation aux crimes sexuels est complexe, retorses, pleines d’angles morts, une fois prononcée la condamnation d’honnêtes gens sous laquelle nous les rangeons. La crainte d’être mal entendue barre le passage, couvre la bouche de sa main, réduit au silence, amenuise les faits, consacre le néant du non-lieu. Comme si nous pouvions être autre chose que malentendu, comme si parler ne nous condamnait pas d’avance à ce malentendu, comme s’il y avait une voix objective.

Quelquefois, le journal est un battement de cœur : sa régularité et son égalité font santé. D’autres, le journal est un arbre qui pousse de nous vers le haut et le bas.

Je fouille cette pratique : le peu qu’il suffit de donner au lecteur pour qu’il complète, perfectionne, redirige le récit. Jouer avec ces attentes, les décevoir ou au contraire, les suturer, voire les saturer… Dans 5 Séquences, tout le dispositif repose sur ce spectateur/cobaye qui devient narrateur. Je fouille constamment cette pratique, elle est, entre toutes, celle que je souhaite importer de la mise en scène. Celle qui résume toutes les autres, qui tient dans sa main et le savoir-faire et l’intuition et le désir. Car c’est le grand paradoxe : le public est une façon de dire, une unité de commodité et non de cœurs. Qui est assis là ? Qui sont assis là ? Impossible de le savoir. Et pourtant certaines réponses existent qu’on peut habilement convoquer pour mettre en jeu ce « public ». Certaines réponses, certains répons…

« Ma vue commençait à se brouiller. J’ai fermé les yeux, me les suis frottés avec mes mains et les ai ouverts à nouveau. » (Jean-Luc Chovelon)Nos tentatives d’écrire les gestes les plus simples me fascinent. Il y a une forme de vertige dans cet exercice. J’y passe pas mal de temps. On pourrait dire que j’échoue avec constance. Et toujours je pense à ces traductions qui réclament plus de mots, de syntaxe pour essayer vainement de dire la même chose que l’originale. La même chose

La vérité est le cadastre Du pays où les bornes bougent Seules sous la lune

C’était l’année où les jeunes filles allaient mal. Elles préféraient n’importe quel slogan à l’ombreuse vérité. Enfants, bien souvent elles avaient capitulé devant la complexité des explications des adultes pour toutes les choses merveilleuses qui les intriguaient et les amenaient à répéter en boucle une même question. Ce n’était pas tant alors que la complexité tuât la magie, plutôt un problème de petites jambes et de trois pas qu’il fallait faire dare-dare pour tenir les rythmes des grands pressés scandés par des « dépêche-toi » à longueur de journée. Les moyens manquaient alors purement et simplement, mais à présent les jambes ont poussé, leur tête est à la taille de leur corps, et elles se désolent de ces faux semblants qu’on leur sert tout en nuances, alors que Coca-Cola c’est ça. Comment la vérité pourrait-elle être autre chose que « dans les yeux » puisque dans la télé noir et blanc à peine dissimulée sous leurs écrans en couleurs, le glissement du Just Do It en Why Do It pose en révolutionnaire de la prise de conscience ? Ce qui se conçoit bien s’écrit sur un T-shirt et aucune information ne saurait être différée ni prendre plus de cinq minutes du temps qui file entre leurs jolis ongles bien peints vers le futur répugnant du grand âge. Elles ne veulent pas faire attendre la planète qui s’inquiète de leur ressenti à chaque seconde là où on applaudit avec les pouces.

[totems]             

L’être et la chose qui le représente partagent le même nom.

[tapisserie]

Les femmes à longue patience

[talent] 

Possession d’un agenda.

[souffle]

La poitrine est loin d’être la seule partie de nous qui connaisse l’ampliation pendant l’inspiration.

[simplicité]

La belle chimère.

[sent-bon]

Le gâteau au chocolat, ce sent-bon de toute la maison. 

[semblant]

L’usage du verbe « sembler » est à manier avec des pincettes. Celui du participe présent aussi. Deux zones à risque de la littérature.

[racine]

Inflammation. La rage dedans.

[question]          

Il m’écrit pour me demander : Quand m’as-tu offert Le Livre des Questions ? Ou à quelle occasion ? Que lui répondre sinon : En voilà une question ! ?

[prénom]

Contrairement à une croyance qui connaît un regain de popularité, en choisir un pour soi n’arrange pas forcément les choses.

[prénom]

Parfois, les gens ne portent pas le bon. Leur prénom ressemble à un postiche mal posé sur leur tête. Faut-il les prévenir ?

[porte] 

Voilà six ans que je traite (de) ce mot dans le Journal d’un Mot et pas une fois je n’avais remarqué qu’il est aussi un verbe conjugué.

[point commun]              

Les Affinités électives.

[piste]

Impossible à ce jour d'acheter sans avoir au préalable vendu un rein Le Traité du rebelle ou Le Recours aux forêts d’Ernst Jünger.

[piste]

Une piste de réflexion peut être la trace d’un animal qu’on suit dans la forêt, mais aussi comme dans un aérodrome, le lieu du décollage ou de l’atterrissage.

[phraser]            

Protase, apodose. S’en tenant à ça, on tient quelque chose. Tout le reste, blabla.

[paradoxe]

La réputation épouvantable de la jeune vendeuse de la pâtisserie De Faille est devenue une des raisons de fréquenter le lieu. Pas un commentaire n’omet de mentionner son mauvais gré, ses moues, sa perpétuelle maussaderie, qui sautent aux yeux dans un endroit aussi exceptionnel et charmant. Or c’est précisément ce qui attire désormais les touristes curieux et narquois et certains habitués, loin devant le remarquable gâteau au café de l’établissement. Au point que si par hasard, s’oubliant, elle sourit ou bien réalise proprement un paquet ou encore renonce à son inertie de grand rampant à l’agonie, on repart déçu et les critiques pleuvent sur la qualité des viennoiseries hors de prix.

[paradoxe]

Porter un casque, se sentir invincible, être mortel.

[parallèle]

Obsession d’Hercule Poirot pour la symétrie. Y voir une méthode.

[parallèle]

Béatitude de l’œil devinant la symétrie parfaite et perdue aux jardins de la villa de Marc Aurèle.

[orage]

Je t’attends, je t’attends, je t’attends.

[oiseaux]            

Les merles mangent les mûres sans attendre qu’elles soient noires. 

[nuancier]          

Outil perdu de vue au XXIe siècle.

[mot]

Je tiens le Journal d’un Mot depuis six ans. Je le tiens, il me tient par la barbichette. Puisque c’est ce que font les mots. Ils font entrer les éléphants dans les pièces, me font pousser une petite barbe et personnifie une somme de notes consignées ensemble dans un volume. Le premier de nous deux qui rira…

[mot]

Je tiens le Journal d’un Mot depuis six ans. En Madame Jourdain, je m’y livre sans le savoir à l’ampliation (Lettres employées autrefois en chancellerie pour exposer les moyens omis par la requête civile). (On publie en ce moment l’opus [V], notamment grâce à de généreuses donations de marraines et parrains de certains mots compris dans l’index.) Merci à François Bon pour cette nouvelle définition de ma pratique quotidienne (Littré : Augmentation de capacité d’une cavité dilatable quelconque. L’ampliation de la poitrine pendant l’inspiration).

[mode]

Les Loulous sont les chiens les plus à la mode en ce moment, déclarent fièrement un improbable couple d’amis septuagénaire, en caressant la vieille petite bête qui les accompagne.    

[marché]            

Le chat dit : le jour où tu ne verras plus dans mon œil de chat l’étincelle de ma chatterie, tu m’ouvriras la chatière, n’est-ce pas ?       

[maquis]             

Le fouillis des herbes hautes, des buissons et des branchages teintés par l’assonance du kaki.

[maison]

Il m’a dit : je suis parti trois mois, ma maison se venge.

[l’une]

Ce déséquilibre, cette attente.  

[labyrinthe]       

Paul-Louis Rossi est mort qui écrivait : Nous n’avons pas épuisé les ressources du labyrinthe.

[jardin]

Tant de framboises cette année, qu’on peut faire les charlottes sans appareil.

[harmonie]

La trêve de jouer ensemble, de souffler ensemble.

[harmonie]

Une dans chaque ville, dans chaque village.

[fraternité] 

Sensation limitrophe.    


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Brigitte Celerier
Brigitte Celerier
15 août 2025

à grands pas !

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