ÉCRIRE LE PRINTEMPS XXII
- Emmanuelle Cordoliani

- il y a 4 jours
- 2 min de lecture

C’est si difficile de rester concentré 45 minutes, s’exclame honnêtement Alice, au lendemain de la master class Cosi de Nicolas Chesneau au CRD de Pantin. Comment faire ? ajoute une de ses camarades. Je réponds : une chose à la fois. La vaisselle sans le podcast, la lecture sans le téléphone.
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Ce n’est pas tant mon téléphone, cependant, que ma tête que j’ai du mal à éteindre. Aussi, lorsque je suis en répétition pour un spectacle, il m’est d’usage d’écrire autre chose. Celui de l’année suivante, mais le plus fréquemment quelque chose qui n’a rien à voir. C’est une tentative d’évasion. Je me tiens le plus loin possible de ce qui pourrait me rappeler qu’il faut améliorer la conduite lumière, dire à telle chanteur que le projet dramaturgique est entravé par la faiblesse de son par cœur, à telle autre que son interprétation fait apparaître une nouvelle voie narrative que j’aimerais explorer alors que nous avons à peine le temps de faire ce qui était déjà prévu… Plutôt qu’écrire autre chose, disons que j’écris ailleurs. Sur un troisième bureau. Ce n’est pas d’hier que l’écriture a pour moi des charmes que d’aucuns qualifieraient d’extraconjugaux. Je l’ai cru, mais une fine observation du dispositif me donne à penser que l’écriture répond à la nécessité du secret. Un échappatoire à la grande vilaine production qui, autrement, ne ferait de moi qu'une bouchée...
Et cependant cela vient de changer. Voilà plusieurs semaines que j’écris au sujet de Cendrillon quand je ne suis pas en répétition pour Cendrillon. Et ça va. Je ne parle pas seulement de l’incontournable note de programme :
Il était une fois une histoire de famille recomposée entre l’argent d’un veuf timoré et la haute lignée d’une veuve mégalomane. Au milieu, deux filles à maman et une orpheline de mère encore dans les cendres font les frais, chacune à sa manière, de la folie ambiante. Arrive enfin l’invitation attendue par leurs arrivistes de parents, avec son lot d’illusions, de falbalas et de factures pour l’occasion à ne pas manquer. La fée se déplace alors pour rebattre toutes les figures de ce jeu de cartes et déranger la triste routine dont tout ce petit monde s’était accommodé. Cain et Massenet relisent Perrault à la lumière d’une lune romantique. À égale distance du bon goût de la préciosité et de la gentillette mièvrerie de Walt Disney, le conte est embarqué dans une sombre forêt où l’amour est une question de vie ou de mort.
J’écris une série de courtes notes qui me permettent d’explorer plus avant, d’avoir de la suite dans les idées et d’alimenter les cours comme si je revenais de voyage d’une semaine sur l’autre. Elles sont prises dans le carnet des jours suivants à partir de l’entrée #1041.





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