Une vieille femme assise, entourée à gauche d’un garçonnet, à droite d’une fillette. Debout derrière eux, un homme dans la cinquantaine et une jeune femme en robe noire. La photo est en N/B, posée, signée, placée dans une chemise mentionnant une adresse à Liège.

 

Sur le trottoir d’une ville que l’on distingue en arrière-plan, s’avance un jeune homme élégant, en costume/cravate. Il donne le bras à deux jeunes filles en tailleur. Il semble avoir une vingtaine d’années.

 

Deux hommes d’âge mûr debout dans la rue devant une vitrine sur laquelle est écrit le mot « galerie ». L’un porte imper clair et chapeau mou, l’autre, en veston, s’est hissé sur la marche et semble plus grand que son compagnon.

 

Un couple debout sur un fond noir. Ils sont grands, beaux et bien habillés, elle en tailleur, lui en costume. L’homme porte dans ses bras un petit garçon boudeur et bouclé en culotte à bretelles.

 

Un couple d’âge mûr en jeans et pulls accompagné d’une jeune fille pieds nus, debout sur une plage de sable. Au fond la mer bleue et des bateaux de plaisance.

 

Dans un jardin. Assis sur des chaises de camping, un homme et une femme sourient. Lui, jeune et barbu, porte une robe de chambre par-dessus son jeans et sa chemisette. Elle, rousse, coquettement vêtue, se tient très droite.

 

Trois enfants entre huit et dix ans, une fille et deux garçons sont assis sur la plage derrière un muret de sable garni de fleurs en papier. Ils portent des gilets de laine sur leurs chemisettes.

 

 

***

 

Le papier crépon est un peu rêche sous les doigts, mais quand on le désire, il s’étire, prend des formes arrondies et devient doux et lisse. Les trois fleurs enfoncées dans le muret de sable au bord du trou sont donc en papier crépon. Elles n’ont plus de couleur définie, car la photo a viré à l’ambre, c’est une vieille dame de photo. Planté à côté des fleurs bien droites au bout de leur bâtonnet, il y a aussi un petit drapeau de papier, de ceux que l’on place au sommet d’un de ces châteaux de sable que l’on construit à grands coups de pelle face à la marée montante. Les fleurs sont à vendre contre des coquillages que l’on appelle, sur cette plage, des couteaux. Entre quinze et trente couteaux pour une fleur. Les couteaux se ramassent sur le sable humide à marée basse. Certains enfants en possèdent un sac rempli, genre sac à billes. C’est le cas de cette fillette aux deux courtes tresses. Elle vend de très belles fleurs, des roses roses, rouges ou encore jaunes. Ce sont les couleurs du papier crépon en vente dans la librairie sur la digue à côté de Grand Hôtel où viennent en vacances les familles juives. Avec le vert, bien entendu, pour enrober le bâton de la tige. Avoir à vendre de très belles fleurs ne s’improvise pas. Il faut avoir le tour de main pour les fabriquer. La maman de la fillette est experte en confection de fleurs en papier crépon.

Au début, elle ne savait pas non plus comment s’y prendre. Alors elle a démonté une fleur magnifique achetée à un autre enfant et elle a copié ou plutôt interprété à sa manière. Les fleurs on les confectionne quand le temps est maussade l’après-midi ou que la mer à marée haute vient frapper la digue et qu’il n’y a plus de sable sec pour y jouer.

 

 

Elle porte des gants, Loulou. Des gants au printemps, comme une jeune fille bien élevée. Comme il était d’usage de le faire, au temps de cette photo, lorsque l’on était une jeune fille dite de « bonne famille ». Elle porte des gants, enfin disons qu’elle porte ses gants, non pas aux mains, mais entre les mains. Car ses mains sont nues et les gants, qui semblent être en cuir, sont serrés dans sa main droite, doigts de gants vers le haut. Ses mains sont fines, longues, osseuses. Une bague à la main gauche ? Peut-être.

 

 

Le trottoir sous les pieds de ce trio est constitué de grandes dalles carrées et grises. On voit bien les jointures, plus sombres et dans les coins, des petits morceaux qui ont sauté. Derrière les pieds de Loulou, quelque chose de blanc, comme une poudre, la poudre de quelque biscuit écrasé, car ce ne peut être de la farine. Sinon, il est très propre, ce trottoir. Sauf un petit papier près du pied de Zézette, la seconde jeune fille, qui plus tard deviendra ma maman. 

 

 

Les pointes de son col de chemise — blanche, la chemise — sont longues et pointues. Elles encadrent exactement le nœud étroit de la cravate sombre dont la soie, ensuite, s’étale, plus large, et descend jusqu’au croisement du veston en passant, semble-t-il, par-dessus un léger pull que l’on imagine sans manche. 

 

 

En arrière-plan de la photo de ces trois jeunes gens, on aperçoit des silhouettes sombres et indistinctes qui semblent rassemblées sur un terre-plein au milieu de la chaussée. Et dans le tournant, un tram qui s’avance. Rectangulaire avec ses très étroites et nombreuses fenêtres et son fronton qui porte probablement un numéro que l’on ne distingue pas. Jaune, évidemment, ce tram, même si la photo est en noir et blanc. Les trams étaient jaunes en ces jours lointains.

 

 

***

 

Ces personnes-là — ce beau couple avec petit garçon — étaient des cousins de ma mère. Enfin plutôt petits-cousins. La grande femme au visage doux et régulier était — bien que considérablement plus jeune que lui — la cousine germaine de mon grand-père. Elle se prénommait officiellement Marie-Henriette, mais en réalité personne ne l’appelait ainsi. On disait « Tiette ». Un petit nom de bébé qui lui était resté collé, j’imagine. Par quel miracle avait-elle échappé à « Riette » ? Car chez ces gens-là… 

(Hep, hep, Shirin c’est quoi ce jugement ? C’est de ta propre famille que tu parles, là !)

 

Le mari de Tiette était peintre. Artiste-peintre. Il avait étudié la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de la rue du Midi. Autrement dit l’Aca. Il se nommait Lucien. 

Affirmer que Lucien était peintre est peut-être un peu exagéré. S’il avait bien signé quelques toiles très académiques avec pommes, poires, noix, potiche et oiseau mort, il était surtout habile restaurateur de tableaux de maîtres. Il travaillait pour les musées et les riches collectionneurs. Enfin c’est ce que je crois. En réalité pour qui travaillait-il, je n’en sais fichtre rien. Quoi qu’il en soit, il gagnait bien sa vie. En témoignent leurs beaux vêtements et leurs mines épanouies. Si la photo date comme je le suppose, des années de guerre, ils ne manquaient ni de beurre ni de viande. Mais de quand date exactement cette photo ? Je n’ai aucun repère pour affirmer qu’elle a été prise pendant la guerre. Au contraire, si elle traîne dans mes affaires, cette photo de parents éloignés, c’est peut-être qu’elle a été prise par mon propre père, donc après-guerre. Va savoir s’ils n’avaient pas bouffé des rutabagas et des topinambours à vous tordre les tripes, comme tout le monde. Enfin comme beaucoup.

 

Mon père avait surnommé ce Lucien « l’Apostat ». En référence à Julien l’Apostat, un empereur romain qui avait renié le christianisme pour revenir au paganisme.

Pourquoi ce sobriquet sulfureux ? 

J’ai cru deviner que Lucien avait eu des sympathies pour l’Occupant et qu’après la Libération il avait prestement retourné sa veste.

(— Cru deviner ? Tu avais quel âge quand tu as entendu ces rumeurs-là ? Six ans ? Sept ans ? C’est pas sérieux, Shirin ! Oui, mais alors, pourquoi cet étrange surnom ?)

 

Venons-en au petit garçon. Il s’appelle Christian. Je ne l’ai vu qu’une fois et j’avais quatre ou cinq ans. Lui dix ou douze.

Il n’a jamais fait grand-chose de sa vie, sinon profiter de ses rentes, dixit ma mère.

Quand il avait besoin d’argent, il vendait, paraît-il, un des tableaux de l’immense collection amassée par son paternel. Car Lucien ne faisait pas que restaurer. Il achetait et probablement à bas prix. À qui achetait-il durant ces années de guerre ? Ce qui me traverse l’esprit me fait trembler.

(Arrête tes suppositions Shirin. Elles sont gratuites. Paix à leur âme !)

 

 

***

 

D’elle à moi, il y a comme un filin lancé dans l’épaisseur vertigineuse du passé.

Protégée sous un papier cristal, dans sa chemise chamois portant la signature et l’adresse du photographe, elle est là, devant moi, cette photo de famille dite « les quatre générations » qu’avait souhaitée mon arrière-grand-mère, Poldine Werson, surnommée « la Noire ».

Tant et tant de choses se sont envolées, ont été effacées, noyées, déchirées ou perdues, mais cette photo a submergé, a flotté au fil des décennies brumeuses pour me rattraper aujourd’hui. Car ce qui contemple ces cinq personnages, ce n’est ni le photographe caché sous son drap noir, ni la ville maculée de poussière de charbon qu’était Liège à cette époque, ni la Meuse, ni l’Ourthe, ni les pigeons du clocher de la cathédrale, ni la gare où nous avions débarqué Fan et moi, vêtus comme des petits pauvres, non, ce qui regarde cette photo c’est une femme assise ce soir même à son bureau dans une maison du sud de la France. Et cette femme, il semblerait que ce soit le format adulte et passablement usé de la petite fille aux yeux clairs qui pose sagement la main sur le bras du fauteuil de son aïeule. 

J’avais six ans. Je me souviens très bien de la « cérémonie » et de ses préparatifs. La veille, visite au rayon Enfants de l’Innovation pour nous équiper de vêtements neufs, Fan et moi, qui, venus de notre « trou de campagne », n’avions rien de convenable à nous mettre sur le dos. Fan, si fier de sa cravate sur élastique !

Fébrilité après le déjeuner. Départ pour le studio, bien propres, bien habillés, bien coiffés.

Et Mémé ? Mémé reste à la maison ! Mémé n’est pas conviée ! Pourquoi ? Et bien non, pour mon arrière-grand-mère Poldine, pas question d’inviter sur la photo Mélanie, une pièce rapportée, la femme de son fils, notre grand-mère adorée ! 

Je découvrais l’existence d’une animosité sournoise dans cette famille. Une de plus, j’avais déjà payé le prix de quelques autres.

Putain ! Cette petite douleur ne s’est jamais effacée ! 

 

 

***

 

Il fallait traverser les immenses gorges dans les chuchotements et les murmures. Il y avait de la boue partout. Ses cheveux blonds volaient dans le vent. Lisse et frondeuse, elle portait une robe à rayures avec un col de dentelle claire. Peut-être avait-elle peur. Mais elle était décidée à ne jamais pleurer. 

Elle voulait se délecter de lui. Elle lui embrassait le front. Ils faisaient l’amour le jour et ils faisaient l’amour la nuit. Il respirait par la bouche avec un son mouillé. Il se blottissait contre elle, heureux comme un nourrisson.

Peut-être était-elle enceinte ?

L’enfant naquit à Varsovie dans le quartier des filatures. Il y avait de la boue partout. On la prénomma Soura.

C’est à cette époque qu’il mit de l’argent de côté dans un obus perdu trouvé sur le chemin et caché au grenier avec le livret de famille dans un coffre-fort rouillé. Il rêvait de reprendre un fonds de commerce pour vendre des soldats de plomb.

Un soir, à la place de l’avenir, il n’y a plus eu que le vide. Ils étaient devenus des parents aux traits alourdis qui ont perdu un enfant.

 

***

 

Je suis née à Bruxelles dans l’arrière-boutique d’un photographe de quartier. J’ai grandi à côté du laboratoire dont les odeurs de fixateur se mêlaient à celles de la soupe et où les films séchaient, suspendus à une corde à linge, avant d’être tirés.

Mon père était passé maître dans la retouche sur négatif. Un art oublié depuis l’invention du numérique et de Photoshop. 

Que n’a-t-il donc retouché la photo de famille qu’il captura le 9 mai 19..?

 

Ce dimanche-là mes parents étaient partis à la clinique me choisir un petit frère. Ils sont revenus avec deux bébés. L’un avait comme moi la peau et les yeux clairs, ils l’ont appelé Jacques. L’autre avait la peau foncée et les yeux bridés. Ils l’ont appelé Chang.

 

Jaco et Chango plus la petite fille que j’étais, c’était beaucoup au sortir de la guerre pour un maigre porte-monnaie. Mon père était agnostique, mais il connaissait ses classiques. Quand des voisins faisaient mine de le plaindre, il pensait aux « Pauvres Gens » de Victor Hugo et il leur clouait le bec en répondant : « Si Dieu nous en a donné deux d’un coup, il nous aidera aussi à les élever ».

 

Jaco et Chango étaient tout pareil, même taille, même poids, mêmes traits, il n’y avait pour les distinguer que cette étrange différence de carnation. Mon père les photographiait tous les jours. Une nuit, il fit un rêve en couleur.

Le lendemain, son album sous le bras, il prit le train pour Tournai et alla frapper à la porte du directeur des « 3 Suisses ».

Il fut persuasif, il ne manquait pas de talent et surtout, les jumeaux étaient si beaux… surtout Chango avec ses airs de petit bouddha.

 

Pendant quinze ans, mes frères ont servi de modèles pour le catalogue de vente par correspondance des « 3 Suisses » et par la suite pour bien d’autres publicités. Ils sont devenus des célébrités en Belgique et dans le nord de la France. Ils signaient même parfois des autographes.

 

Quand ils ont eu seize ans, ils ont appris à jouer de la guitare et se sont lancés dans la chanson en imitant Simon et Garfunkel. Ils ont fait tous les bals de village de Wallonie.

 

Grâce à cette retouche sur négatif — merci Papa — nous n’avons jamais manqué d’argent et le bonheur ne nous a pas quitté.

 

 

***

 

Guéments : sorte de guêtres portées par les clowns. « Sur le cœur d’un clown dans ses guéments »

 

Type : monsieur. Mot grossier dont l’usage est réservé à mon père. Synonymes : imbécile et bonhomme, autres mots grossiers à éviter de la même façon.

 

Descendre : conduire quelqu’un à la cave. « Je vais le descendre ».

 

***

 

On voit ici que de jeunes enfants,

Surtout des jeunes filles

Belles, bien faites et gentilles,

Font très mal d’écouter toutes sortes de gens,

Et que ce n’est pas chose étrange,

S’il en est tant que le loup mange.

 

Charles Perrault/Le Petit Chaperon Rouge 

 

Comme chaque année à Pâques, Michèle revenait de son expédition 

Outre-Quiévrain, flanquée de ses deux moutards, Sylvaine, six ans et Julien quatre ans. Huit cents kilomètres en train avec un changement à Paris. Elle était allée rendre visite à ses parents à Liège. 

La valise en carton jaune était si remplie, qu’il avait fallu s’asseoir dessus pour boucler les sangles. Grand-mère avait pillé le « Bon Marché » pour rhabiller les petits campagnards. Au milieu du linge, le cadeau pour Robert, resté garder les bêtes : deux cartouches de Bastos rouge sans filtres, le maximum autorisé par la douane.

Deux cartouches, c’était bien peu aux yeux d’une femme amoureuse. Les enfants avaient de si grandes poches à leurs nouveaux manteaux rouges ! Un paquet de chaque côté et un mouchoir par-dessus ! Surtout, ne dites rien quand passera le douanier… Non maman !… C’est pour votre papa !… Oui maman !

 

Quiévrain, Quiévrain ! Le train s’arrête, montent les douaniers.

… Rien à déclarer, Madame ?… Rien !… Votre valise c’est la jaune ? Ouvrez !… Je n’ai que les deux cartouches de cigarettes autorisées et une tablette de chocolat Côte d’Or… Ouvrez !

 

Il a fourragé parmi les vêtements. Il est reparti. Dépité. Son flair l’aurait-il trahi ?

 

Maman a fourré deux paquets de cigarettes dans les poches de mon nouveau manteau rouge, avec un mouchoir pour cacher. Pareil pour mon frère.

Quiévrain, Quiévrain ! Les douaniers sont montés dans le train. Les Français en uniforme bleu avec un képi, les Belges en kaki. Dans ce sens-ci, les méchants sont les Français. S’ils m’attrapent, je vais aller en prison.

Il y en a un, un grand, qui ouvre la porte du compartiment. Il nous regarde d’abord sans rien dire puis :… Rien à déclarer ?

Maman a pris son air de chiwawa :… Rien de plus que ce qui est autorisé. Deux cartouches de cigarettes et une tablette de chocolat.

Il désigne la valise jaune, là-haut dans le porte-bagages :… C’est la vôtre ? Ouvrez !

Il l’aide à la descendre sur la banquette. Elle déboucle les sangles. Il farfouille, retourne tout de ses grosses mains. J’ai chaud, très très chaud. Surtout avec ce manteau. Je crois que je transpire. Je crois que je suis toute rouge. S’il m’attrape, je vais aller en prison. Je dois faire semblant de rien. J’ai envie de faire pipi. Je lui dirai c’est pour mon papa. Mon frère a son air de petit benêt ! C’est son truc quand il décide de devenir invisible. De toute façon, il ne comprend rien à la situation, c’est forcé, il n’a que quatre ans. J’ai envie de faire pipi.

… Ça va ! Bon voyage, Madame !… Sous mon moussoir… Qu’est-ce que tu dis mon p’tit gars ?… Il a dit « au revoir monsieur »… Ah ! Au revoir les enfants !

J’ai fait pipi dans ma culotte.

 

Quelques jours plus tard, sur le chemin de l’école, papa s’arrête pour parler à un voisin. Il sort son paquet de Bastos, le tend à l’autre :… Fume, c’est du Belge ! 

Quand je pense que j’ai risqué la prison pour ces cigarettes et qu’il les distribue à tout le monde !

 

Ma carrière de contrebandière a duré cinq ans.

 

 

Shirin Rooze/CONTREBANDIÈRE

 

***

 

De Hurlevent à la rue Anatole France : un itinéraire.

 

Demain l’anniversaire de Lucie.

Répéter tous les détails dans sa tête. 

Tête recouverte de papillotes bien serrées faites avec des feuillets de papier de cabinet. 

Souffrir pour être belle !

Enfiler la nouvelle robe bleue avec les manches ballons rapportée de Liège.

Glisser le cadeau dans le panier d’osier.

Se faire hisser sur la petite chaise dure aux fesses fixée sur le porte-bagages du vélo de papa.

 

Descendre la côte de La Maurienne. Raide, la côte. Vent piquant, possiblement larmes aux yeux.

À droite, sur l’aplat, la demeure du vicomte de Courtecuisse, l’homme aux culottes de cheval. À gauche la masure de Peau d’Lapin, le chiffonnier.

Devant chez Courtecuisse chanter à tue-tête « l’amour est enfant de Bohème » dans l’espoir d’être un jour engagée comme cantatrice pour animer une fête chez les aristos.

 

Les Maisons Blanches. Attention au corniaud à trois pattes qui traverse la route sans regarder. Le rappeler à papa pour éviter la chute.

 

La gare de Fondettes où déposer les cartons à trous-trous remplis de « poussins d’un jour » à livrer aux fermiers par la micheline. Cette fois passer son chemin, pas de cartons à envoyer. En face l’hôtel-restaurant des Charmilles. Une charmante charmille toute bleu-mauve de glycine. Pension de famille pour grands-parents en été.

 

La Loire. Dans le rocher la grotte d’un couple de vieux troglodytes. Une simple couverture en guise de porte. 

Le pas-de-Gargantua. Ne pas s’attarder, aller examiner cette trace du géant une prochaine fois.

 

Le pont de Pierre, écroulé. Plastiqué pendant la guerre pour retarder les Boches, par papa ce héros au sourire si doux, sur l’ordre de Pierre, son capitaine. 

 

Rouler sur la Levée le long du fleuve. Passer la maison du couvreur inondée tous les ans par les crues. Ne pas regarder vers la maison de la sévère Mademoiselle Millet, la directrice au chignon noir de noir.

 

Embranchement vers Saint-Cyr. À gauche le café des Routiers, pratique pour faire réchauffer sa gamelle. À droite le « Gué de Louis XI », sombre et mystérieux bistro. Entrée secrète d’un tunnel creusé sous la Loire, raccourci pour ce triste sire, aimant venir boire incognito sa gnôle sur le zinc après avoir placé ses ennemis en cage dans son château de Plessis-lez-Tours.

 

Descendre de vélo pour grimper la rude côte. Dépasser l’église, l’école de garçons, un grand jardin, la Mairie et la cantine de madame Danielle. Dire au revoir et merci à papa devant la porte bleue de l’école des filles. Dans la cour, frapper au logement de fonction de madame Le Garrec, l’institutrice, la mère de Lucie… et de Paul le grand frère à l’œil de velours. 

Fin du parcours !

 

Magnifique, ta chevelure bouclée !

 

Hé, minute ! Faut pas croire que tout est vrai ! J’ai jamais dû m’affubler de papillotes, je frise naturel !

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