Trois éclats #8

 Le long des murs, là, à quelques pas, tous les pots remplis par Tistou avaient fleuri, en cinq minutes ! 

Maurice Druon  / Tistou les Pouces verts

Louis est en deuxième année de maternelle. Les choses ne se passent pas trop mal – merci mon dieu ! ̶- même si de temps en temps la maîtresse cherche à me rencontrer à la sortie des classes pour me suggérer des ajustements dans nos modes d’éducation. C’est toujours un moment de profonde solitude !

Un après-midi d’avril, la maîtresse, fort discrètement je dois l’avouer, m’approche, me « croche » comme on dit ici. Le ton est celui du complot : « Tant pis, je vais devoir vous révéler le cadeau de la fête des mères, mais il faut absolument que je vous montre… » Et d’envoyer Louis jouer dans la cour et de m’inviter à la suivre vers un local adjacent à la salle de classe, fort lumineux, bien aéré, bref l’amateur de jardins qui sommeille en moi y voit la version soft et administrative d’une serre. « Regardez ! » me dit-elle. Sur les étagères s’alignent de petits pots de terre gentiment historiés dans lesquels végètent, poussent ou explosent de ravissantes plantes vertes. Je regarde. « Mais vous avez vu ? » insiste-t-elle. « Euh, oui ! » Je ne vois toujours pas quelle doit être la réponse adéquate. Toujours sur le qui-vive, je la félicite cependant de nous épargner le légendaire collier de pâtes. Mes gènes paysans frémissent d’empathie devant les plantules rabougries, en état de dégénérescence avancée, vouées à un trépas imminent et je me demande, à part moi, quel accueil pourra être fait au légendaire cadeau le jour J. Ah ! Le collier de pâtes ! « Quelle bonne idée de faire découvrir aux enfants le jardinage ! » C’est vrai qu’il n’est jamais trop tôt pour initier les enfants aux secrets du vivant. « Non, mais regardez ce pied. Il y a toujours des plantations qui réussissent mieux que d’autres mais c’est la première fois que je vois ça ! » Effectivement, un pot ni mieux ni plus mal peint que les autres, même s’il arbore mes couleurs préférées, accueille une plantule vigoureuse, prête à exiger sous peu un rempotage. « C’est la plante de Louis, » me dit-elle sur un ton de confidences « il a vraiment la main verte ! » « Eh bien, nous en ferons un horticulteur ou un maraîcher, » dis-je pour conclure.

Et c’est ainsi que la mère ébaubie apprit que son fils avait les pouces verts. Heureusement que son père n’est pas marchand de canons !

Il n’est jamais trop tôt pour tirer parti des compétences de sa progéniture, c’est sans doute le credo de ces parents voleurs d’enfance qui transforment leurs héritiers en gravures de mode, sportifs prometteurs, acteurs de théâtre ou de cinéma, enfants prodiges en tout genre. Et en jardiniers ? Il est des talents que, sans les exploiter au vil sens du terme, on se doit d’aider à s’épanouir.

 

Lundi matin, Ecole maternelle des Frangipaniers, section des moyens – Espace de libre expression orale. C’est au tour de Louis.

« Samedi, maman et moi, nous avons fait des semis. 

– C’est quoi des semis ? demande la blondinette qui, pour l’occasion, vient de sortir son pouce de la bouche.

Avec la componction d’un membre de la Curie, Louis explique : « Quand on veut faire pousser des fleurs (entendez « fieurs »), il faut préparer la terre. Ça, c’est le travail de maman. Moi, je regarde. C’est comme quand on fait un gâteau, à part que c’est pas blanc, c’est marron et on met des gants. Maman mélange, mélange, mélange et moi je regarde. C’est long ! Quand elle a tout mélangé, elle m’appelle. Ah ! Je vais enfin faire quelque chose ! Alors, avec un outil, on fait des trous et dans les trous, c’est moi qui mets les petites « guiènes ».

« Et c’est tout ? » demande la même blondinette que Louis fusille de l’œil, furieux de son effet manqué. Ce n’est pas comme ça que Mamoune avait réagi quand il le lui avait raconté…

Brigitte Maurin

On voit ici que de jeunes enfants,

Surtout des jeunes filles

Belles, bien faites et gentilles,

Font très mal d’écouter toutes sortes de gens,

Et que ce n’est pas chose étrange,

S’il en est tant que le loup mange.

 

Charles Perrault / Le Petit Chaperon Rouge 

Comme chaque année à Pâques, Michèle revenait de son expédition 

Outre-Quiévrain, flanquée de ses deux moutards, Sylvaine, six ans et Julien quatre ans. Huit cents kilomètres en train avec un changement à Paris. Elle était allée rendre visite à ses parents à Liège. 

La valise en carton jaune était si remplie, qu’il avait fallu s’asseoir dessus pour boucler les sangles. Grand mère avait pillé le « Bon Marché » pour rhabiller les petits campagnards. Au milieu du linge, le cadeau pour Robert, resté garder les bêtes: deux cartouches de Bastos rouge sans filtres, le maximum autorisé par la douane.

Deux cartouches, c’était bien peu au yeux d’une femme amoureuse. Les enfants avaient de si grandes poches à leurs nouveaux manteaux rouges! Un paquet de chaque côté et un mouchoir par dessus! Surtout ne dites rien quand passera le douanier…Non maman!…C’est pour votre papa!…Oui maman!

 

Quiévrain, Quiévrain! Le train s’arrête, montent les douaniers.

…Rien à déclarer, Madame?…Rien!…Votre valise c’est la jaune? Ouvrez!…Je n’ai que les deux cartouches de cigarettes autorisées et une tablette de chocolat Côte d’Or…Ouvrez!

 

Il a fourragé parmi les vêtements. Il est reparti. Dépité. Son flair l’aurait-il trahi?

 

 

 

Maman a fourré deux paquets de cigarettes dans les poches de mon nouveau manteau rouge, avec un mouchoir pour cacher. Pareil pour mon frère.

Quiévrain, Quiévrain! Les douaniers sont montés dans le train. Les Français en uniforme bleu avec un képi, les Belges en kaki. Dans ce sens-ci, les méchants sont les Français. S’ils m’attrapent, je vais aller en prison.

Il y en a un, un grand, qui ouvre la porte du compartiment. Il nous regarde d’abord sans rien dire puis:…Rien à déclarer?

Maman a pris son air de chiwawa:… Rien de plus que ce qui est autorisé. Deux cartouches de cigarettes et une tablette de chocolat.

Il désigne la valise jaune, là-haut dans le porte-bagages:…C’est la vôtre? Ouvrez!

Il l’aide à la descendre sur la banquette. Elle déboucle les sangles. Il farfouille, retourne tout de ses grosses mains. J’ai chaud, très très chaud. Surtout avec ce manteau. Je crois que je transpire. Je crois que je suis toute rouge. S’il m’attrape, je vais aller en prison. Je dois faire semblant de rien. J’ai envie de faire pipi. Je lui dirai c’est pour mon papa. Mon frère a son air de petit benêt! C’est son truc quand il décide de devenir invisible. De toute façon, il ne comprend rien à la situation, c’est forcé, il n’a que quatre ans. J’ai envie de faire pipi.

…Ça va! Bon voyage Madame!…Sous mon moussoir…Qu’est-ce que tu dis mon p’tit gars?…Il a dit «  au revoir monsieur »…Ah! Au revoir les enfants!

J’ai fait pipi dans ma culotte.

 

Quelques jours plus tard, sur le chemin de l’école, papa s’arrête pour parler à un voisin. Il sort son paquet de Bastos, le tend à l’autre:…Fume, c’est du belge! 

Quand je pense que j’ai risqué la prison pour ces cigarettes et qu’il les distribue à tout le monde!

 

Ma carrière de contrebandière a duré cinq ans.

 

 

Shirin Rooze / CONTREBANDIÈRE

Le marquis de Carabas fit ce que son chat lui conseillait, sans savoir à quoi cela serait bon. Dans le temps qu’il se baignait, le roi vint à passer, et le chat se mit à crier de toute sa force: « Au secours! au secours! voilà M. le marquis de Carabas qui se noie! » À ce cri, le roi mit la tête à la portière, et reconnaissant le chat qui lui avait apporté tant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu’on allât vite au secours de M. le marquis de Carabas. 

 

Comme chaque jour, on sortait la voiture du sous-sol. Ici on disait sous-sol, pas garage, car l’espace était situé sous le sol de la maison - à proprement parler. La manœuvre n’était pas aisée, mais la répétition quotidienne et machinale des gestes finissait par coordonner mains et roues, regards, rétroviseurs et contrôle direct en torsion arrière, le bras d’ouverture enlaçant le dossier du siège passager comme une nuque familière.

Aujourd’hui on a écrasé le chat. 

On a cru qu’il s’en tirait car il a couru quelques mètres derrière la voiture. Pour ensuite s’écrouler sur le flanc, dans les feuilles de lierre rasantes. Sa forêt. 

La mère bondit hors de la voiture. Trop tard. Elle remonte l’allée escarpée le long de la maison - est-ce que le moteur tourne encore? et va retrouver le père à l’intérieur. La petite fille la suit de ses petites jambes, mais la mère bouleversée ne se retourne pas. Elle s’enferme dans la chambre parentale pour raconter l’impensable. Elle pleure en parlant, sa voix geint et se brise. Ils resteront très longtemps dans cette pièce, la porte fermée - ou très légèrement entrebâillée. 

 

Je sais qu’il s’est passé quelque chose de particulièrement grave. Je le sais, car mes os sont baignés de ce liquide de peur, la liqueur aigre qui se répand froide comme un poison dans mes veines. Aujourd’hui elle est très forte la liqueur, elle m’enserre comme les serpents, m’étouffe et paralyse mon petit corps de 4 ans. Mais je remonte l’allée derrière maman, avec ma salopette en jeans et mes bottines à revers. On a laissé Bouboulette par terre, il ne bouge plus, je sais qu’il est mort car maman panique et pleure. Elle ne m’attend pas. Je suis rentrée aussi dans la maison - je ne comprends pas, on devait partir pourtant - mais elle est déjà partie retrouver papa dans la chambre. Je vais voir sur la pointe des pieds, comme les pattes de chat, j’aperçois elle est assise sur le bord du lit papa à côté d’elle qui lui parle. Elle a son visage et sa bouche tordue que je n’aime pas du tout, et quand elle essaie de parler en pleurant sa bouche tordue fait un son que je ne supporte pas, une sorte de gémissement qui lui échappe complètement - elle doit se contrôler car sa douleur m’est insoutenable - et s’étrangle dans sa gorge. Je n’aime pas du tout entendre ce bruit. Je reviens sur mes pas et me trouve de nouveau dans l’entrée. Le poison se dissipe et il y a du silence qui bourdonne dans ma tête. Je mets mes mains dans les poches de ma salopette et je regarde les carreaux ocres orange du carrelage.

Je vais m’allonger.

Sur le dos.

Les bras en croix.

Fermer mes yeux. 

Je suis morte.

Comme Bouboulette. 

Ils vont venir voir où je suis. 

Si je vis encore.

Maman me verra morte, et le son bizarre sortira peut-être de sa bouche tordue. 

J’attends, je ne bouge pas. 

Je suis morte. 

J’attends très longtemps, les minutes paraissent se multiplier des heures. 

Ils s’en moquent. 

Je suis morte. Je peux mourir.

Ils ne viendront pas. 

J’ouvre les yeux. Mes bras et mes jambes peuvent bouger. Je me relève après un long, long moment de solitude absolue. 

Je sais désormais qu’ils ne viendront jamais. 

 

Je suis seule. Et je sais mourir maintenant. 

 

Je vais aller les rejoindre.

 

Madeline 

Il était une fois une princesse et un prince… Ils ne le savaient pas… Les sixties, une petite citée de lumière, d’azur et au printemps le parfum des mimosas. Un tout petit appartement. Le 1er mythe familial de ce récit qui en contient plusieurs qui s’entrelacent, conte que, bien avant que cela soit « tendance » leur nid de fortune était meublé de bric et de broc, d’objets recyclés, parfois même récupérés dans la rue, ce qui à cette époque n’aurait pu en aucun cas figurer sur le curriculum d’un couple princier. La table de la cuisine n’aurait été qu’une vulgaire cagette retournée, récupérée au marché.

 

Fin des années 50-60 les princes et les princesses étaient encore animés par deux objectifs principaux : le mariage et la copulation… Dans notre cas, les deux furent rapidement atteints. Le premier avec robe longue immaculée, tout le tralala et de  nombreuses photos qui attestent de la fraiche beauté et de l’éclatant bonheur du jeune couple. Le second, conséquence de la vitalité de leur jeunesse et de la puissance de leur désir réciproque et insatiable, fut manifeste quelques mois plus tard lorsque chacun put constater que la jeune princesse était en cloque !

 

Cette première grossesse parut interminable à la jeune princesse qui attendait secrètement un fils. Au terme d’un accouchement somme toute ordinaire, marqué par l’impatience conjuguée de panique irrationnelle de la primipare, par un col récalcitrant et par des contractions initiales peu efficaces et enfin conclu par l’épisiotomie quasi-rituelle des obstétriciens de garde en veille de weekend, la parturiente mit au monde son bébé. C’était une somptueuse pisseuse et passée la déception d’une tirelire plutôt que d’un porte-étendard, on se résolut à reconnaître que l’enfant cochait tous les critères dits « du beau bébé » : teint et peau de pêche, joufflue à souhait, le cheveux rare mais soyeux et clair, le sourire automatique du nouveau-né accroché à sa petite bouche cerise. Elle était dotée d’un appétit d’ogresse qui, s’il n’était satisfait dans l’instant, donnait lieu à des cris dont la stridence bientôt clairement identifiable par le voisinage, faisait rougir de gêne la jeune mère lorsqu’elle croisait dans les escaliers une voisine bien intentionnée qui s’enquerrait de la santé de l’enfant… Ce qui précède participa à construire l’une des autres plus remarquables légendes familiale, celle de la 1ère née dite « petite pêche goulue »!

 

… À quatre ans de là, alors que la petite princesse à peine sortie de ses couches pensait régner éternellement seule et sans partage sur son petit royaume, arriva de façon inopinée un deuxième héritier à la couronne. Pour celui-ci les attentes étaient moins fortes. Sans l’échographie qui quelques décennies plus loin viendrait systématiquement lever les doutes des parents sur le genre de leurs bébés, notre couple princier s’évertua à ne plus s’attendre à grand chose, pour ainsi dire à rien… La grossesse passa quasiment inaperçue et contrairement au premier, cet accouchement fut éruptif et prompt! C’était en septembre par une nuit d’orage à tout casser, proche de minuit.

 

Il fait nuit, et j’ai hâte. J’ai de moins en moins d’espace. Je dois faire quelque chose mais je ne sais pas encore quoi. Vite sortir de cet étau qui m’enserre, me brasse… J’avance vite dans le noir. Je sens un courant d’air et quelque chose de froid qui touche mon crane. Encore. Je me sens glisser vers le froid... Aaoutche !! Lumière !!! Aaaoooh Bruit. Sons. Lumière !! Je me déplie. Je, je, je respire. Il fait froid. Je suis seul. Non. Là j’ai peur. Je veux retourner dans mon trou. On m’enveloppe, ça me va. Maintenant tout est plus tranquille. Je suis à nouveau serré. Plus chaud. Chaud et froid. Chaud autour de moi mais froid dedans et dehors … C’est la peur qui donne froid.

Le conte familial dit que le puis-né sortit de la conche de la princesse mère comme habituellement, en sens inverse, entre un suppositoire dans le fondement voisin ( rendons grâce à la vigilance de l’une des femmes sages qui faisait à ses heures perdues du rugby féminin, et qui put, dans un réflexe organique, intercepter à la volée le petit engin gluant). Onques la sortie fut expéditive, mais le récit ne s’en tient pas là, contrairement à sa voluptueuse sœur, le bébé chez qui l’on avait pu entre temps constater un pénis de qualité certifiée de jeune prince, était malingre et fripé, petit et ratatiné. Il tenait bien lui aussi de l’apparence d’un fruit, mais pas de celle d’une jolie pêche mafflue et rosée, ni même d’une pomme ou d’un kaki, non, bien plutôt celle de ces petits fruits bruns de méditerranée qui pendouillent aux branches des jujubiers… La légende familiale ressasse qu’il ressemblait bel et bien à une petite jujube!... et pour compléter le récit il est dit que durant les années qui suivirent, tellement il resta petit, maigrichon et fluet, on ne l’appela pas par dérision et en référence à son arrivée au monde « Jujube » mais « Côtelette ». Côtelette pour la raison que vous imaginez ou plutôt « coustelèttté » prononcé à la niçoise. Ce sobriquet n’était pas de son gout et comme chacun sait le verbe est « vie » et ceci sans doute ne fut pas sans influencer le développement du jeune seigneur. Enfant, ce qu’il ne put gagner par le corps il le conquit par et pour l’esprit. Il fut assoiffé de connaissance, de lectures, de dépassements de tous ordres et sans qu’il n’eut été aucunement téméraire, son petit gabarit ne le lui permettait pas, il fut curieux de tout ce que la vie pouvait raisonnablement proposer à son insatiable envie de savoirs. Ainsi, à l’âge adulte, à sa manière, « côtelette », le vilain petit canard put prendre son envol… 

...Alors tout à coup le caneton put se confier à ses ailes, qui battaient l’air avec plus de vigueur qu’autrefois, assez fortes pour le transporter au loin. Et bientôt il se trouva dans un grand jardin où les pommiers étaient en pleine floraison, où le sureau répandait son parfum et penchait ses longues branches vertes jusqu’aux fossés. Comme tout était beau dans cet endroit ! Comme tout respirait le printemps ! Et des profondeurs du bois sortirent trois cygnes blancs et magnifiques….

Frédéric Costa

Sur le moment, on n’a rien compris ! On était là sur cette route et si vous aviez vu la petite ! Elle s’est retrouvée déchirant ses habits, comme ça, au beau milieu de la route ! Et hurlant, comme si on l’avait blessée alors que l’instant d’avant on se promenait tranquillement. On était allés voir la vieille tante à N et, après le déjeuner on était sortis, il faisait doux, pour digérer un peu, vous savez ce que c’est les repas de famille ? On n’a plus l’habitude de manger comme ça ! On sortait du village — il n’y a pas grand-chose à faire là-bas, à part marcher un peu, s’en aller vers la sortie du village — et voilà la petite, tout d’un coup, qui se met à hurler ! À gesticuler dans tous les sens ! Le temps de comprendre ce qui lui arrivait, la voilà en culotte ! le tricot, la robe, tout avait volé au beau milieu de la route ! Elle, rouge comme une pivoine ! On a cru à une colère, à une crise, à une douleur au ventre, une appendicite, on ne savait plus quoi penser, ni comment la calmer…

Les longs dimanches d’ennui familial, silences, leszenfantsneparlentpasàtable, journées de robes qui grattent et de chaises dures. Dehors, la lumière.

I’ sayot’ ! Les sauterelles. De toutes les couleurs, leur nuage en travers de la petite route.  Tout comme les peaux successives de l’échalote sèche, j’emmêle aujourd’hui les deux mots. Et les sensations à mon oreille, dans mon corps. Accueillies dans un peu d’huile et de beurre mousseux, je les entends encore crépiter autour de moi. C’est un mot qui se refuse,  dont je ne suis même plus très sûre, tout recouvert d’écailles, habité de crissures d’ailes, de corps creux, croquants, craquants, d’étincelles vertes, rouges, jaunes. 

Autour des lettres qui le forment, malgré mes fautes d’orthographe dans cette langue seulement parlée — langue de l’été, parlée aux bêtes — j’en retrouve le contact immédiatement le léger choc, la surprise, le grattant fripé d’un jupon raide et rêche dont on avait dû me déguiser ce dimanche, et les froissures des ailes de ces bêtes volantes, leur corps creux et vibrant entrés, jaillis, faufilés entre le tissu et tout contre ma peau et qui demeuraient là, malgré mes cris, tout contre mon dos à hésiter, chercher. 

Et les adultes qui ne voyaient rien, n’entendaient rien, croyant à je ne sais quel caprice…

 

Elle alla dans la chambre à coucher, retira toute la literie et mit un petit pois au fond du lit ; elle prit ensuite vingt matelas qu’elle empila sur le petit pois et, par-dessus, elle mit encore vingt édredons en plumes. C’est là-dessus que la princesse devait coucher cette nuit-là. Au matin, on lui demanda comment elle avait dormi…  

La Princesse au petit Pois, Hans Christian Andersen

Françoise Durif

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