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  • Photo du rédacteurEmmanuelle Cordoliani

ÉCRIRE LE PRINTEMPS XII



À qui me demande comment s’écrit ce journal depuis que j’ai abandonné la notation quotidienne (pas tant à dégoiser sur le geste d’écrire qu’il faille le faire toutes les vingt-quatre heures, j'ai mis un an à en convenir…), voilà à quoi ressemblent les notes qui président à ce nouveau numéro :

  • Le nouvel ordi moche

  • La réorganisation des notes

  • Les idées oubliées la roche l’escalade le mousquet disparu

À quoi s’ajouteront les deux ou trois choses « inoubliables » de la semaine, par leur quantité (recherche documentaire préparatoire pour Ithaques, l’atelier des élèves du cnsmdp de l’an prochain), par leur caractère exceptionnel (matinée avec Piero Cohen-Hadria), ou par leur rareté (préparation de la résidence d’écriture au Couvent de la Tourette, ourdie par Françoise Durif).


Le nouvel ordinateur, un PC Dell donc, je dirai principalement qu’il a la qualité de l’ensemble de ses défauts : il est moche, épais, donnant à penser que la moindre chute lui sera fatale. Il est lent aussi, mais il est possible que je l’utilise mal. Word étant intégré, c’est un vrai sport de récupérer des documents, puisqu’à quoi bon ? on vous enregistre tout ça direct dans le nuage. Gros comme une maison, on voit venir le moment où l’espace sera saturé, où il faudra en acheter, voire celui où les copies sur clés ne seront plus lisibles sans connexions. En quoi cette somme de plaies peut-elle m’apparaître comme une qualité ?

Eh bien, je ne me fais pas d’illusion sur l’immortalité de cet outil, contrairement au Mac coulé dans le titane qui semble proprement indestructible et dont on ne peut pas aller fouiller les entrailles pour en extraire la substantifique moelle. Ce truc va me lâcher un jour ou l’autre. Il est lourd, oui, davantage, et plus lent. Ce qui fait qu’il n’est pas cette prothèse qu’était devenu son prédécesseur. En plus, joie des PC, l’antivirus me condamne à entrer encore et encore les mots de passe, et les doubles vérifications à la noix imposées par Gmail, Facebook et autre, me font réfléchir à deux fois avant d’ouvrir ces chères applications. Plus lourd, plus fragile, je ne l’emporte pas partout et la conséquence, c’est que j’ai davantage l’impression de porter ma tête sur mes épaules et pas dans mon sac à dos. Enfin, combien de fois l’aurons-nous redit et véhiculé : les gens qui écrivent travaillent sur Mac. Bon, jusqu’ici tout va bien, j’ai un PC laid et je continue mon chemin de mots. Et je peux communiquer plus aisément avec les gens qui n’écrivent pas, mon frère, les amis geek du Deuxième Texte, dès que j’ai besoin d’un logiciel gratuit, ou d’un éclaircissement.


Une idée oubliée n’est pas une idée fugace. C’est un idiome, une phrase ou plusieurs, un champ lexical où l’on passe un certain temps, de sort qu’on en arrive à la conclusion qu’on y reviendra sans problème. Le moment venu, plus rien, le village des Schtroumpfs pour Gargamel. Le sentiment d’un point d’ancrage dérobé sous la main alors qu’on entreprend une paroi familière, plus rien que du lisse. La tentation est toujours forte de blâmer l’âge, mais c’est un peu plus compliqué que ça. On n’attend pas la cinquantaine pour perdre (des clefs, des amis, des idées…). Souvent, ce sentiment de la roche joueuse me plaît. L’idée est venue, elle s’est effacée. Elle avait fait son temps : la durée de vie des idées ressemble à celle des chats, il faut compter autrement. Si je la rattrape au lasso, elle n’est que l’ombre d’elle-même, elle a fait son temps et il faut accepter alors de se mettre à l’escalade artificielle, ce qui reste un bon exercice. Mais il arrive que je prenne une note, sur un bout de papier (parfois même, si j’ai les mains prises, je la dicte à la première personne qui passe et mon entourage montre une patience attendrissante envers ces suites incohérentes de mots et de noms — l’idée ne se présentant pas d'emblée sous son meilleur jour —), ou sur mon téléphone. Ce matin, j’ai dû télécharger une mise à jour et j’en ai profité pour classer tout ce petit tas de rectangles. Certains ne se composent que de leur titre. Mais il y a aussi des vers à qui manque l’autre chaussette. Et pas mal de notes de lectures de Wajsbrot…


Cette semaine, de Nevermore de Cécile Wajsbrot, je voudrais dire :

Que sa façon de mentionner Netflix, le wifi... réconcilie la possibilité de cohabitation du quotidien avec un projet d’écriture d’une autre ampleur que des chroniques. Elle fait ça en passant et, la lisant, je me dis que oui, ce n’est pas la petite bête qui va manger la grosse. La consultation d’internet par la narratrice ouvre de plain-pied une grande amplitude géographico-poétique qui m’emporte avec et me rappelle confusément, comme un vaisseau qui passerait au loin, Kenneth White.

Et qu’elle me fait souvenir que je devrais écrire sur la gare de Stuttgart.


J’ai passé deux après-midi à faire de la recherche à la médiathèque Hector Berlioz pour Ithaques. C’est assez bête quand ça commence : moteur de recherche avec Pénélope, puis Ulysse (on verra Télémaque à la rentrée). En sort un corpus disparate, mon préféré. Le plus difficile, c’est de survoler tout ça, de ne pas s’engager parce que la distribution va rester fluctuante jusqu’à la rentrée de septembre, dans le meilleur des cas. Or, le spectacle de l’année d’après se conçoit forcément dans le désir né de celui de l’année en cours. Il serait sot de ne pas m’appuyer sur celui-ci. Plus encore d’oublier un instant que le groupe de cette année est sans retour, que sans savoir pour qui précisément, j’écris déjà pour d’autres.


Pour ce qui est de Piero, j’ai eu la joie de lui faire les honneurs de l’exposition Tôt le matin : portraits d’invisibles. En retour, il l’a fait entrer au Panthéon de Pendant le week-end. Il m’a aussi donné deux ou trois bonnes idées (je devrais dire mots-clefs, ce serait plus juste, c’est davantage à cela que ressemble une idée à écrire…) pour la Femme de petits sous. Une ou deux ont déjà atterri dans le Carnet (#142, # 143).


La résidence à la Tourette, c’est la semaine prochaine. Je me demandais ce que j’allais emporter jusqu’à ce que Will envoie un message depuis Sauveterre. Ce sera un bon endroit pour lire et annoter le Tryptique et m’y remettre puisque je n’aurai pas le luxe de le rencontrer en chair et en os à Jonzac cette année. Pourrions-nous arriver à cela : nous appeler pour parler au téléphone ? Il est de ces bastilles…




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Écrire l'été
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